BD

La maison de la plage – Séverine Vidal, Victor L. Pinel

Une envie de BD et un titre qui sentait bon les vacances m’ont fait choisir ce roman graphique dont je ne savais rien.

LaMaisonDeLaPlageL’été 2018 devrait être le dernier été dans la maison de la plage en Loire-Atlantique, car Tonton Albert a décidé de vendre. Juju et sa cousine Coline sont les premières. Arrive ensuite le frère de Julie, Pierrot, avec sa femme Manon et leur fils Elno. Julie est enceinte. Elle vient de perdre son mari Thomas. Puis arrivent les parents, ceux de Pierrot et Julie, ceux de Coline, et enfin le fameux Tonton Albert. Jean-Loup, Richard et Albert ont hérité de la maison des grands-parents. Mais Albert veut la vendre, pour partir aux États-Unis rejoindre son fils…

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L’histoire principale, qui se joue en 2018, se double et se triple de celle de l’achat de la maison en 1968, à l’époque des grands parents, et de celle des précédents propriétaires en 1959. Cette dernière histoire, particulièrement bébête, m’a paru de trop. Trop appuyée également. Dommage, car le reste est joli. J’ai aimé l’histoire simple d’une famille qui se retrouve chaque été dans une maison à laquelle elle s’est attachée sans s’en apercevoir. Il aura fallu croire un instant l’avoir perdue, pour réaliser à quel point ces étés étaient précieux, comme ces moments régressifs, où des adultes jouent encore un peu les enfants en s’offrant simplement un petit-déjeuner à l’heure du dîner. J’ai aimé cet esprit de vacances qui rend tout plus léger et qui redonne un avenir possible à un personnage endeuillé. J’ai beaucoup beaucoup aimé les dessins, qui créent l’atmosphère d’un dialogue en cadrant deux pieds nus dans l’herbe ou une mouette traversant le ciel et laissant dans une bulle une phrase en suspens. J’arrive à peine à croire que ce soient les deux mêmes auteurs qui aient écrit cette histoire si délicate et l’autre si lourde. Incompréhensible !

VIDAL Séverine, PINEL Victor L. La Maison de la plage, Marabout (Marabulles), 2019, 158 p.
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BD

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Plaisir de vacances : se plonger dans un roman graphique et le lire d’une traite.

CesJoursQuiDisparaissentLubin Maréchal ne vit plus qu’un jour sur deux. Tout a commencé par un jour d’absence au travail. Quand il retourne le lendemain à la supérette où il est employé, il n’a aucun souvenir de ce qu’il pu faire la veille. Mais voilà que cela recommence le jour suivant. Bien sûr il va perdre son travail et se heurter à l’incrédulité de ses proches. Mais très vite il va s’apercevoir qu’un double vit à sa place ces jours qui lui échappent. Ce double est très différent de lui. Le Lubin d’origine est un enfant adopté, qui rêve de devenir un acrobate professionnel. Son double est mieux intégré, plus pragmatique, bien décidé à réussir sur un plan matériel. Il va falloir partager avec ce double : l’appartement, la famille, une petite amie… Et puis tout va s’accélérer. Malgré la thérapie, le double va l’emporter et vivre de plus en plus aux dépens du Lubin d’origine qui réapparaîtra de moins en moins souvent, obligé de vivre sa vie et son vieillissement en accéléré…

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CesJoursQuiDisparaissent2Ces jours qui disparaissent s’inscrit dans le genre fantastique, car jamais l’on ne sait si Lubin est schizophrène, s’il est victime de son imagination ou d’un phénomène surnaturel. Son double mène la vie qui aurait pu être la sienne s’il n’avait pas perdu ses parents à l’âge de 4 ans. Sans ce drame initial, il n’aurait sans doute pas été ce doux rêveur qu’il est devenu. Sans cette faille, il serait devenu quelqu’un qui réussit, mais aussi quelqu’un d’humainement moins intéressant. Chacun de nous peut ainsi vivre une seconde vie imaginaire. Et si, à tel moment de notre existence, nous avions fait un autre choix ? Dans un monde alternatif, nous vivons peut-être cette autre existence possible. Mais dans le roman graphique, les deux versions de Lubin partagent le même monde et parviennent à communiquer en différé. Voir le Lubin d’origine perdre la partie est désolant. Comme s’il avait renoncé à vivre sa vie et qu’il ne parvenait plus qu’exceptionnellement à être vraiment lui-même. Seule touche d’espoir : l’histoire d’amour qu’il parvient malgré tout à vivre en pointillés, jusqu’au bout.

Magnifique roman graphique !

LE BOUCHER Timothé. Ces jours qui disparaissent, Glénat, 2019, 192 p. (édition spéciale enrichie de dessins inédits).
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