Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois anglais·Polar

Te laisser partir – Clare Mackintosh

Pour le Mois anglais, je sors un polar de ma pile : Te laisser partir de Clare Mackintosh. A la fin du roman, une note de l’auteur nous apprend qu’elle a été policière à Oxford, semble-t-il pendant une dizaine d’années, et a eu à ses débuts à s’occuper de l’affaire d’un petit garçon tué par un chauffard. Dans la même note, elle confie avoir perdu son fils dans des circonstances très différentes. Ses deux événements seraient à l’origine de Te laisser partir, son premier roman. Depuis elle en a publié un deuxième : Je te vois.

TeLaisserPartirDe retour de l’école, un petit garçon de cinq ans est renversé par une voiture sous le regard impuissant de sa mère. C’était un soir de pluie à Bristol. L’enfant traversait la rue juste devant chez lui. Le chauffard a pris la fuite, personne n’a rien vu et l’enquête de police tourne court.
Peu après l’accident, Jenna quitte Bristol. Elle prend un car un peu au hasard. Il la dépose à Swansea, une ville côtière du Pays de Galles. De là, toujours au hasard, elle gagne un village du nom de Penfach. Le camping est fermé mais on lui indique un cottage en location. Elle s’y installe. Hantée par les images de l’accident, elle tente tant bien que mal de recommencer sa vie à zéro…
Mais un an après la mort du petit Jacob, alors que l’affaire est officiellement classée, deux enquêteurs lancent l’appel à témoins de la dernière chance… 

« Le silence tombe sur le prétoire et le juge me fixe froidement. J’éprouve l’envie absurde de lui dire que je ne suis pas comme les accusés qu’il a l’habitude de voir défiler dans son tribunal. Que j’ai grandi dans une maison comme la sienne et que je suis allée à l’université ; que j’ai organisé des dîners chez moi ; que j’ai eu des amis. Que j’étais autrefois sûre de moi et extravertie. Que je n’avais jamais enfreint la loi jusqu’à l’année dernière et que ce fut une terrible erreur. Mais son regard est indifférent et je sais qu’il se moque de savoir qui je suis ou combien de dîners j’ai organisés. »

ILetYouGoTe laisser partir est à la fois un thriller psychologique et un roman d’enquête policière. Il est même construit en partie dans cette alternance : un chapitre sur deux nous suivons l’enquête de police et un chapitre sur deux nous avons le récit à la 1ère et à la 2e personnes de l’un des protagonistes de l’affaire. Un seul personnage assume ce rôle de narrateur dans la 1ère partie du roman, mais un autre apparaît dans la seconde. Ce nouveau narrateur est très inquiétant, car sa voix est celle d’un serial killer. Calculateur, ne pensant qu’à disposer des autres à sa guise, il a tout du psychopathe. C’est lui qui fait basculer le roman du côté du thriller.

Te laisser partir est un polar millimétré. Tout est en place pour prendre au piège le lecteur, l’empêcher de poser son livre avant d’avoir eu le fin de mot de l’histoire, mais aussi pour le tromper, le manipuler, le laisser s’égarer dans de fausses pistes. Très habile dans sa capacité à susciter l’empathie du lecteur, Clare Mackintosh sait donner de l’épaisseur à chacun de ses personnages. Elle sait aussi faire exister les lieux et nous donner à rêver d’un cottage miteux dans un paysage de carte postale, où pendant quelques chapitres le roman penche même un peu du côté de la romance.PaysDeGalles

J’ai aimé le début, la plongée dans l’enquête policière et la nouvelle vie de l’héroïne (l’endroit où elle va s’installer et le nouveau métier qu’elle s’invente ne sont pas sans charme). J’ai adoré la fin de la première partie et le début de la seconde, quand les cartes sont rebattues. Puis l’évolution du roman vers un thriller assez classique m’a moins enthousiasmée. Je n’avais pas très envie de faire semblant d’avoir peur pour l’héroïne qui s’en sortirait forcément à la fin. Alors j’ai poursuivi ma lecture avec moins de passion vers l’inévitable heureux dénouement. Cela reste un polar bien ficelé, avec une multitude de points de vue, ce qui lui donne tout de même une certaine originalité. Il n’est donc pas impossible que je me procure un jour un autre roman de Clare Mackintosh…

MACKINTOSH Clare. Te laisser partir, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Mathieu Bathol, Le livre de poche, 2018, 507 p. (I let you go, 2014).
smiley2
Le_mois_anglais

 

Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois anglais·Polar

La Quiche fatale – M. C. Beaton (Agatha Raisin enquête 1)

Voilà une série dont j’entends parler autour de moi et que je remarque en libraire depuis l’année dernière. Mais en me décidant à en lire le premier tome à l’occasion du Mois anglais et de sa journée Agatha (Christie, Raisin, Frost), je découvre que la série date de 1992. Parfois les informations mettent un temps fou à arriver jusqu’à moi ! 🙂 Plus sérieusement, sa traduction française ne date que de 2016 et une série diffusée sur France 3 l’aurait popularisée en France en 2017. La série compte 27 tomes, dont déjà 16 disponibles en français (j’imagine que plusieurs traducteurs sont sur le coup).

QuicheFataleAu début de ce premier tome de la série, Mrs Agatha Raisin prend à 53 ans une retraite anticipée. Elle quitte donc son agence londonienne de relations publiques pour son rêve de toujours : un cottage dans les Cotswolds. Mais Agatha n’a pas un caractère facile, alors son intégration dans son nouveau village s’annonce difficile. N’ayant eu jusque-là que le travail pour toute vie sociale, elle est incapable de se faire des amis. En revanche, ayant l’habitude d’être en compétition avec les autres, elle est très forte pour se faire des ennemis. Elle commence donc par sa voisine, dont elle débauche la femme de ménage en lui offrant une meilleure paye. Puis elle voit une annonce pour un concours de quiches et décide de s’y inscrire. Bien sûr, pas question de cuisiner. Agatha achète une quiche aux épinards chez un grand traiteur londonien et la présente comme son oeuvre. Après le concours, déçue de ne pas avoir gagné, elle s’en va en laissant sa quiche, qui causera la mort de l’organisateur du concours…

« Elle éteignit la télé et prit Autant en emporte le vent. Elle s’était fait une joie à la perspective d’une lecture vaguement honteuse pour fêter sa nouvelle vie de loisirs, mais elle fut stupéfaite par l’excellente qualité du roman. Il se lisait si facilement que c’en était presque indécent, pensa-t-elle, elle qui n’avait jusque-là jamais lu que le genre de livres qu’on lit pour impressionner les autres. »

Cotswolds

CarteAngleterreComme l’intrigue de ce roman est mince et comme son rythme est lent ! Nous sommes vraiment dans le roman policier pour dames, avec une sorte de Miss Marple enquêtant sur une affaire d’empoisonnement. On n’est pas non plus très loin de la chick lit, mais version retraitée, avec cette histoire d’ex-femme d’affaires cherchant des occupations pour sa retraite, mais aussi, comme on s’en rendra compte à la fin de ce 1er roman de la série, cherchant encore l’amour. Bref, il s’agit d’une littérature qui n’a pas d’autre prétention que de nous distraire. Mais pourquoi ce qui se revendique distrayant a souvent tendance à m’ennuyer ? Croyez-moi, j’aurais adoré me passionner pour les aventures d’Agatha Raisin et je ne suis pas fière de jouer les rabat-joie.

Au moins la prochaine fois que quelqu’un me racontera le sourire aux lèvres avoir passé ses vacances avec Agatha Raisin, je saurai de quoi il est question. Mais je ne pense pas me précipiter sur la suite…

BEATON M. C. Agatha Raisin enquête 1. La Quiche fatale, traduit de l’anglais par Esther Ménévis, Albin Michel, 2019, 319 p. (The Quiche of Death, 1992).
smiley4
Le_mois_anglais