Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois américain

Une année à la campagne – Sue Hubbell

Dans le cadre du Mois américain, le thème du jour est « nature, environnement ». Quoi de mieux pour illustrer ce thème, qu’un récit de nature writing ?

UneAnneeALaCampagneSue Hubbell (1935-2018), biologiste de formation, était bibliothécaire à Rhode Island. Avec son mari, prof à l’université, elle décide au début des années 70 d’aller s’installer à la campagne et d’y créer une ferme apicole. Mais son mari la quitte. Elle reste donc seule dans sa maison des monts Ozark dans le Missouri. Elle y vit douze ans, avant d’écrire ce récit qui couvre cinq saisons.

« Le monde semblait avoir poursuivi paisiblement sa course sans même que je m’en aperçoive. Envahie d’un sentiment de gratitude, je découvris qu’une partie de moi-même, disparue je ne sais où pour se laisser consumer par son chagrin et sa douleur, était revenue. J’étais remise sur les rails.
Une fois d’aplomb, je m’attaquai à toutes les tâches que l’on entreprend lorsqu’on revient de voyage. Je rangeai le bureau et répondis aux messages que d’autres avaient laissés. J’avais été longtemps absente et il y avait donc toute une pile à liquider avant de me mettre à construire l’après-midi de ma vie, à élaborer un ordre d’une autre espèce, une structure permettant à une femme de cinquante ans de vivre sa vie seule, en paix avec elle-même et avec le monde environnant. »

a-country-yearLe père de Sue Hubbell était botaniste. Quand elle était enfant, il l’emmenait régulièrement en promenade dans la forêt et lui parlait des plantes qu’il désignait par leurs noms latins. Devenue adulte, elle a conservé cette habitude, ce sens de l’observation, l’attention portée à son environnement et le souci d’identifier les espèces. Ce sont les espèces animales qui l’intéressent le plus. Ce qui est notable, c’est qu’elle se positionne elle-même comme appartenant à une espèce parmi d’autres. Elle partage son terrain avec des bruants indigo et des grenouilles grises, avec conscience de n’être pas plus propriétaire des lieux que les autres animaux.

Elle vit aussi en bonne intelligence avec des bestioles réputées moins sympathiques : des serpents, des araignées, des cafards… Elle subit des attaques de coyotes contre son poulailler et des attaques d’opossums contre ses ruches. Pourtant elle ne souhaite jamais la mort des animaux, même nuisibles. S’ils s’introduisent chez elle, elle les remet simplement dans la nature. Mais bizarrement, elle n’est pas végétarienne. Peut-être qu’elle le serait aujourd’hui. A moins que son omnivorisme soit une manière pour elle d’accepter l’ordre naturel.

« Ces Ozarkiens ne s’interrogent pas sur la chance qu’ils ont d’être tout en haut de la chaîne de nourriture, mais tuent pour se nourrir ce qui nage dans la rivière ou ce qui court dans les bois, et ils acceptent comme une évidence qu’il faut sacrifier la vie pour la maintenir. A cet égard, ils sont plus logiques que moi ; j’achète ma viande aseptisée sous emballage à l’épicerie. »

Avec 3 000 ruches, elle réussit à vivre de son activité, même si elle avoue être toujours en deçà du seuil de pauvreté. Elle vit seule, mais pas dans l’isolement. Elle fréquente ses voisins, voit toujours ses amis d’avant, rencontre des apiculteurs, reçoit son fils ou son frère, obtient l’aide de son neveu…

Ruches

Refermant ce livre que je n’ai pu lâcher comme s’il s’agissait du plus prenant des thrillers, je suis en admiration devant Sue Hubbell, sa vie et son oeuvre. J’admire sa modestie et la simplicité avec laquelle elle décrit le monde qui l’entoure. Du passage des saisons à toutes ces rencontres avec les animaux qui partagent son terrain se dégage une poésie rare. Ce livre est une pure merveille.

« C’est pourquoi j’ai cessé de dormir à l’intérieur. Une maison est trop petite, trop limitée. Je veux le monde entier, et aussi les étoiles. »

HUBBELL Sue. Une année à la campagne. Vivre les questions, traduit de l’anglais par Janine Hérisson, préface de J. M. G. Le Clézio, Folio, 2019, 259 p. (A Country Year. Living the Questions, 1983).
smiley1Carte-MissouriLeMoisAmericain

Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Entre février et juillet 2010, Sylvain Tesson a vécu six mois dans une cabane en Sibérie. Pendant ce séjour, il a quotidiennement consigné ses pensées dans un cahier. C’est ce « journal d’ermitage » qu’il a publié l’année suivante sous le titre : Dans les forêts de Sibérie.

DansLesForetsDeSiberieUne expérience. Sylvain Tesson est parti vivre une expérience. Il s’est installé seul dans une cabane au bord du lac Baïkal. La durée du séjour a été préalablement fixée, les dates choisies de façon à arriver en hiver et repartir en été. C’est une expérience qui peut sembler vaine. Il est lui-même l’objet de son étude. Il s’observe plus encore qu’il n’observe son environnement, scrute son rapport au temps et à la solitude.

« Une fuite, la vie dans les bois ? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l’habitude donnent à l’élan vital. Un jeu ? Assurément ! Comment appeler autrement un séjour de réclusion volontaire sur un rivage forestier avec une caisse de livres et des raquettes à neige ? Une quête ? Trop grand mot. Une expérience ? Au sens scientifique, oui. La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s’inventer une vie ralentie. »

Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas un voyage improvisé. Il a minutieusement organisé sa survie, emportant des vêtements chauds pour affronter l’hiver sibérien, des armes et des outils, des victuailles, beaucoup de vodka, des cigares, des livres… et même des panneaux solaires, un téléphone satellite, un ordinateur, un GPS… Il y a un petit côté too much dans ce déploiement de technologies pour le moins contradictoire avec le choix de la vie d’ermite en cabane. Mais dresser la liste des choses à emporter permet tout de même de faire le point sur ce qui est important pour soi. Pour Sylvain Tesson, les livres et la vodka constituent l’essentiel.

« C’est drôle, on se décide à vivre en cabane, on s’imagine fumant le cigare devant le ciel, perdu dans ses méditations et l’on se retrouve à cocher des listes de vivres dans un cahier d’intendance. La vie, cette affaire d’épicerie. »

Dans-les-forets-de-SiberieJ’ai abordé cette lecture un brin sceptique, mais j’ai sympathisé avec Sylvain Tesson au fur et à mesure de ma lecture. J’ai découvert quelqu’un sans illusions, sans surtout cette prétendue illusion d’éternité qui nous amènerait à laisser filer la vie entre nos doigts. Lui s’interroge, interroge nos modes de vie et notre conception du bonheur.

« Je rêve d’une petite maison de banlieue avec chien, femme et enfants protégés par une haie de sapins. Dans toute leur étroitesse, les bourgeois ont tout de même compris cette chose essentielle : il faut se donner la possibilité d’un bonheur minimum. »

Je n’avais encore jamais lu Sylvain Tesson. J’imaginais qu’il était à la littérature ce que le chanteur Antoine a pu être à la chanson, c’est-à-dire une sorte de voyageur ou d’aventurier pour qui la littérature arriverait en second, comme le moyen de financer cette vie un peu marginale. Mais je referme Dans les forêts de Sibérie persuadée d’avoir lu un véritable écrivain, voyageur ou pas. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Le nombre de post-it dont j’ai orné mon exemplaire. C’est la preuve imparable. Maintenant je sais que je vais en lire d’autres. Peu importe le sujet, car j’y trouverai certainement au moins une phrase, une pensée ou un trait d’humour qui sera à mon goût.

« Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. »

TESSON Sylvain. Dans les forêts de Sibérie, Folio, 2014, 289 p. (Gallimard, 2011).
smiley1

BD

Le retour à la terre (tomes 1 à 6) – Jean-Yves Ferri & Manu Larcenet

Cette année a vu la parution du tome 6 du Retour à la terre de Ferri et Larcenet, plus de 10 ans après la parution du tome 5. L’occasion était trop belle de relire les 5 premiers tomes, comme pour retarder le moment de prendre des nouvelles de Manu Larssinet.

Voici comment tout avait commencé, dans l’album La vraie vie en 2002 :

UnJour

« Moi » c’est Manu Larssinet, double de bd de Manu Larcenet, dessinateur de la série d’albums que nous lisons. Il se dessine lui-même, avec un gros nez, héros de cette histoire qui est la sienne, scénarisée par Jean-Yves Ferri. Il dessine d’ailleurs aussi le scénariste qui lui a proposé cette idée de bd faite de « demi-pages, des gags très courts ».

Les débuts à la campagne son difficiles pour Manu et pour son chat, qui regrettent tous deux Juvisy. Mais à la fin du 1er album, nous quittons Mariette et Manu avec un double projet : un bébé et un potager. On oubliera vite le potager, mais la petite Capucine fera son apparition et à la fin du 5e tome, même le chat aura fondé une famille.

Revolutions

Que se passe-t-il donc dans le 6e tome ? Eh bien le 6e tome est directement la suite du 5e, c’est-à-dire qu’entre le 5e et le 6e tomes, il ne s’est pas passé 11 ans comme dans la vraie vie. On comprend, grâce à la mise en abyme, que Ferri et Larcenet ont été très occupés, l’un par Astérix, l’autre par Blast. Mais on retrouve Capucine à peine un tout petit peu plus grande, tandis que Mariette attend un 2e enfant. Et Speed est toujours accompagné d’une ribambelle de chatons…

Metamorphoses

Mais en fait Capucine sait déjà écrire. Elle doit donc avoir six ans. Mais pourquoi les chatons sont-ils encore si petits ? L’album commence en automne, alors que Mariette est enceinte de sept mois. L’éditeur de Dargaud tente d’aller chez Manu en traversant la campagne en plein hiver. Puis c’est le retour du printemps. Mais la grossesse de Mariette n’en finit pas… Bien sûr je plaisante, car tout cela n’a aucune importance. Même cette conception élastique du temps qui passe m’a amusée.

J’ai été ravie de retrouver l’ermite psy et l’inénarrable voisine Mme Mortemont qui apprend à utiliser un Samsong. Ravie bien sûr aussi de retrouver Manu et ses angoisses existentielles traitées dans cette série avec humour et poésie.

Metamoprhoses1

J’ai pris un réel plaisir à ces retrouvailles et ne dirais donc pas non à un 7e tome…

FERRI Jean-Yves & LARCENET Manu. Le Retour à la terre (tomes 1 à 6), Dargaud, 2002-2019.

  • Tome 1. La Vraie vie (2002)
  • Tome 2. Les Projets (2003)
  • Tome 3. Le Vaste monde (2005)
  • Tome 4. Le Déluge (2006)
  • Tome 5. Les Révolutions (2008)
  • Tome 6. Les Métamorphoses (2019)

smiley2

Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·SFFF

Dans la forêt – Jean Hegland

Une envie de nature, de grands espaces, m’a amenée à me tourner vers les éditions Gallmeister. Je me suis constitué une petite pile à lire de la collection Totem aux jolies couvertures. Je l’entame avec Dans la forêt, roman qui a semble-t-il rencontré un grand succès en France ces deux dernières années. C’est pourtant un roman publié en 1996 aux États-Unis, un premier roman traduit en français 20 ans après.

DansLaForetNell et Eva, deux soeurs de 17 et 18 ans, vivent en Californie dans la maison où elles ont grandi, au coeur de la forêt. Une catastrophe écologico-politique dont on ne sait rien les a petit à petit coupées du monde. Les services et les commerces de la ville voisine ont fermé. Il n’y a plus eu de ravitaillement, plus d’électricité, plus d’essence…. Des maladies nouvelles ont décimé la population. Leur mère était morte du cancer peu avant la catastrophe. Leur père meurt un peu plus tard par accident en coupant du bois. Le jour de Noël, les deux soeurs restées seules s’échangent des cadeaux. Nell a réussi à réparer deux chaussons de danse, pour Eva la danseuse. Eva a retrouvé un cahier tout neuf tombé derrière sa commode. Elle l’offre à Nell qui commence alors à écrire le journal que nous lisons…

« C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ? »

ForetDeRedwood
Forêt de Redwood

Comment un roman aussi épatant a-t-il pu nous échapper pendant 20 ans ? Remercions Gallmeister pour cette trouvaille. Dans la forêt nous arrive au bon moment. Probablement à cause du réchauffement climatique, de la certitude qui nous gagne petit à petit qu’il s’agit d’une véritable urgence, nous sommes particulièrement réceptifs aux oeuvres post-apocalyptiques. Ce sont les robinsonnades d’aujourd’hui. Alors que les grands voyages en bateau se font plus rares, nous ne nous rêvons plus échoués sur une île déserte, mais seuls rescapés d’une grande catastrophe qui nous amènerait à lutter pour notre survie dans notre environnement habituel.

« Bien sûr ce genre de choses arrive tout le temps. J’ai suffisamment étudié l’histoire pour le comprendre. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et réfugiés, luttant pour trouver à manger, pour se défendre de la famine et des maladies et des maraudeurs tandis que les herbes folles poussent à travers les planchers des palais et que les temples tombent en ruine. Regardez Rome, Babylone, la Crète, l’Égypte, regardez les Incas ou les Indiens d’Amérique. »

IntoTheForestDans le roman de Jean Hegland, les deux soeurs s’en sortent mieux que les autres parce qu’elles ne vivent pas en ville. Protégées des nouvelles maladies par leur isolement, elles vivent en autarcie en élevant des poules, cultivant des légumes, faisant des conserves… Leurs parents ne jetaient rien. Chaque objet qui aurait mérité de passer à la poubelle avant la catastrophe s’est transformé en trésor. Elles essaient d’en tirer partie comme Robinson exploite tout ce que la mer veut bien rejeter sur le rivage. A travers l’histoire des deux soeurs, le roman semble dénoncer le gaspillage qui est le nôtre et militer pour une vie plus frugale et plus proche de la nature. C’est aussi un éloge de la curiosité et de l’imagination. Nell relit indéfiniment les mêmes romans et déguste l’encyclopédie en lisant ses articles dans l’ordre alphabétique. Quant à Eva, elle passe ses journées à danser sur une musique qui n’est plus qu’intérieure.

On plonge tout entier dans ce roman dès les premières pages. La narration nous fait si bien partager les états d’âme de Nell, qu’on s’identifie à elle. Quand une bande de garçons propose aux deux soeurs de partir à pied vers la côte Est où, paraît-il, la vie moderne a repris, qu’aurions nous fait à leur place ? Serions-nous partis au risque de mourir de faim, de froid et d’épuisement en chemin ? Ou serions nous restés dans notre abri, au risque de mourir de solitude et de ne jamais réaliser nos rêves de devenir danseuse ou étudier à Harvard ? Le roman interroge aussi nos modes de vie. Que pourrions-nous faire aujourd’hui pour que la catastrophe n’arrive pas ? A moins que la catastrophe soit une chance, l’occasion de nous réinventer et d’apprendre à habiter le monde autrement…

Un grand roman !

HEGLAND Jean. Dans la forêt, traduit de l’américain par Josette Chicheportiche, Gallmeister (Totem), 2018, 308 p. (Into the Forest, 1996).
smiley1Californie

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Dark Tiger – William G. Tapply

A quoi bon lire autre chose ? Je suis si bien dans les forêts du Maine. Après Dérive sanglante et Casco Bay, j’enchaîne donc avec le troisième et malheureusement dernier volet des aventures de Stoney Calhoun : Dark Tiger.

DarkTigerLe début de ce troisième roman est vraiment très habile. D’abord Stoney Calhoun apprend que le bail de la boutique d’articles de pêche qu’il tient avec Kate ne va pas être renouvelé. Ensuite, alors qu’il s’apprête à apprendre la mauvaise nouvelle à Kate, celle-ci revient de la maison médicalisée où est soigné son mari atteint de sclérose en plaques avec une autre mauvaise nouvelle : l’assurance ne va plus prendre en charge les frais médicaux de son mari, ce qui la laisse sans aucune solution. Puis l’homme au costume réapparaît. Cet homme, qui appartient à l’ancienne vie de Stoney Calhoun, lui rend visite régulièrement pour savoir s’il a commencé à recouvrer la mémoire. Cette fois il reprend contact dans un tout autre but. Il a une mission à confier à Stoney Calhoun. Le pensionnaire d’un hôtel de luxe pour passionnés de pêche a été assassiné. C’était un agent d’un service de renseignement qui avait certainement découvert des informations importantes. L’homme au costume demande donc à Stoney Calhoun de se faire engager dans cet hôtel en tant que guide de pêche remplaçant pendant 6 semaines. S’il accepte cette mission, les deux catastrophes annoncées n’auront pas lieu : le bail de la boutique sera renouvelé et l’assurance continuera de prendre en charge les frais médicaux de Walter. Ces deux mauvaises nouvelles étaient en fait pour l’homme au costume le moyen de démontrer l’étendue de son pouvoir et de contraindre Stoney Calhoun à reprendre du service…

LacMaine

L’intrigue de ce 3e roman est assez amusante car elle rappelle les romans policiers à énigme à la manière d’Agatha Christie. Stoney Calhoun se retrouve dans un hôtel au bord d’un lac, où se côtoient des pêcheurs et des guides de pêche. Dans ce monde clos, les meurtres vont se succéder faisant de tous les occupants de l’hôtel des coupables potentiels. Dès son arrivée, Stoney Calhoun occupe une place à part dans l’hôtel, en devenant le confident de tout le monde. Bien sûr il est aussi victime de quelques tentatives d’assassinat, mais la chance est toujours avec lui. Même les méchants n’arrivent pas à passer pour réellement méchants. Ils sont pourtant impliqués dans des projets criminels particulièrement horribles, mais William G. Tapply les réduit au rôle de simples trafiquants uniquement intéressés par l’argent. Tout m’a semblé édulcoré dans ce roman. Mais je l’ai lu avec autant de plaisir que les précédents. Sans doute que j’avais besoin de ça. Une lecture simple, avec des personnages sympathiques qui entretiennent des relations idylliques entre eux et une complicité sans faille avec leur chien. Un genre de feel good book (genre que je fuis habituellement), mais un feel good book sincère et non formaté. Un roman sans prétention, plaisant comme une balade dans les forêts du Maine.

DarkTiger1Voilà, c’est fini. William G. Tapply est mort en 2009, peu après la parution aux États-Unis du troisième tome de sa série policière. Il n’y aura donc pas de suite. Mais peut-être qu’un jour les nombreux autres romans de William G. Tapply seront traduits en français ?

TAPPLY William G. Dark Tiger, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2015, 307 p. (Dark Tiger, 2009).
smiley1

DeriveSanglante

Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Casco Bay (2007).CascoBay1
CarteMaine

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Casco Bay – William G. Tapply

Immédiatement après avoir découvert le personnage de Stoney Calhoun dans Dérive sanglante, j’ai enchaîné avec le deuxième volet de la série de William G. Tapply : Casco Bay.

CascoBay1L’action de Casco Bay se situe un peu plus d’un an après celle de Dérive sanglante et rien n’a vraiment changé. Stoney Calhoun habite toujours dans sa cabane en forêt, avec son chien Ralph. Il travaille toujours avec Kate, qu’il aime toujours, et il n’a toujours pas recouvré la mémoire. Il est sorti d’un hôpital 7 ans auparavant et a maintenant 39 ans.
Au début du roman, il accompagne un client à la pêche en mer dans Casco Bay. L’homme, un certain Paul Vecchio, demande à faire une pause. Stoney Calhoun le dépose alors sur une île inhabitée, où il ne tarde pas à découvrir un cadavre carbonisé. Peu de temps après cette sortie en mer, Vecchio est assassiné et retrouvé mort sur la terrasse de Stoney Calhoun…

CarteMaineCette fois, il m’a fallu mettre quelques images sur les aventures de Stoney Calhoun. J’ai d’abord mis la main sur une carte des États-Unis, histoire de situer le Maine. Ça m’a fait penser à un challenge qui consiste à parcourir les 50 États des États-Unis par ses lectures. Et d’un !

Ensuite j’ai cherché des photos de Casco Bay et des forêts du Maine.

Puis j’ai tenu à visualiser la bar rayé de Casco Bay.

BarRaye

Enfin je me suis demandée à quoi pouvait bien ressembler Ralph, un épagneul breton orange et blanc.

Lecteur est un sacré boulot, croyez-moi ! Je me verrais d’ailleurs bien faire ça à plein temps…

CascoBayLa nouveauté de ce deuxième roman de la série est l’officialisation de la collaboration entre Stoney Calhoun et le shérif Dickman, dont il devient l’adjoint volontaire et bénévole. Il apparaît de plus en plus évident qu’avant son hospitalisation Stoney Calhoun a travaillé dans la police ou l’espionnage. L’homme au costume, qui appartient sans doute à son ancienne vie, continue d’ailleurs de lui rendre visite pour tenter de découvrir si la mémoire lui revient. L’homme semble bienveillant. Pourtant on ne peut s’empêcher de se demander si Stoney Calhoun ne sera pas en danger le jour où tout lui reviendra…

L’intrigue policière de ce deuxième roman m’a paru meilleure que celle du premier. Jusqu’au bout j’ai été dans l’attente de sa résolution, après m’être laissée prendre par les différentes fausses pistes de William G. Tapply. Mais le personnage de Stoney Calhoun m’a cette fois un peu déçue, en trouvant tout à fait légitime qu’un autre personnage ait pu se faire justice lui-même. Il a fallu ce désaccord, pour que je me rende compte qu’il était aussi armé jusqu’aux dents et qu’il n’hésitait pas à accueillir ses visiteurs avec un fusil. Mais voilà, nous sommes dans une fiction, alors je ne peux pas m’empêcher, malgré tout, de le trouver sympathique. C’est pourquoi il faudra que je le retrouve pour la suite et fin de la série…

TAPPLY William G. Casco Bay, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2014, 357 p. (Gray Ghost, 2007).
smiley1

DeriveSanglante

Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
CarteMaine

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Dérive sanglante – William G. Tapply

Premier volet des aventures de Stoney Calhoun, Dérive sanglante a été suivi de Casco Bay et Dark Tiger. Malheureusement, son auteur William G. Tapply est mort juste après la parution du 3e volume, laissant sa série policière inachevée. J’ai repéré cette série alors que je cherchais des lectures liées au nature writing. Mes vacances s’achevaient. J’allais devoir retrouver la capitale, reprendre travail et vie sociale. Or je serais bien restée dans une cabane au fond des bois, à laisser s’écouler les heures, faire le vide et attendre que le désir de rejoindre les autres se fasse sentir…

Dans Dérive sanglante, comme dans toute série, nous suivons deux histoires : celle du personnage principal Stoney Calhoun qui s’étendra sur toute la série (et donc ne s’achèvera peut-être pas) et une enquête policière qui se résoudra à la fin de ce 1er volume.

DeriveSanglanteStoney Calhoun est lui-même un mystère. C’est un mystère pour nous lecteurs, mais aussi pour lui-même, car il a partiellement perdu la mémoire. Cinq ans plus tôt, il est sorti d’un hôpital de Virginie, où il a séjourné après avoir été foudroyé. De sa vie d’avant il ne lui reste rien, si ce n’est quelques flashs qu’une enquête criminelle va provoquer. Et puis il y a ces visites mystérieuses d’un homme en costume, qui vient régulièrement prendre de ses nouvelles, mais refuse de répondre à ses questions. Il semble guetter le moment ou Stoney Calhoun recouvrera la mémoire. Pour le moment, Stoney Calhoun a élu domicile dans une forêt du Maine, non loin de Portland. Il s’y est construit une cabane et a trouvé du travail dans une boutique d’articles de pêche. Il vit aussi une histoire d’amour avec Kate, la très jolie patronne de la boutique. Mariée à un homme handicapé par une sclérose en plaques, Kate a tenu à ce que leur relation reste cachée de tous, sauf de son mari. Chaque soir, Stoney Calhoun espère la voir apparaître sur le seuil de sa cabane en robe du soir…

« A l’hôpital, il avait lu les merveilleux récits d’E.B. White sur la vie dans les territoires rocailleux du Maine, et il savait qu’il avait déjà habité cette région, déjà lu ces essais.
Et lorsqu’il avait lu Thoreau, le texte lui était si familier qu’il lui suffisait d’effleurer un passage des yeux pour être à même de le réciter. J’ai gagné les bois, avait écrit Thoreau, parce que je désirais vivre de mon propre chef, ne me confronter qu’aux faits essentiels de l’existence… Je voulais vivre en profondeur et sucer toute la moelle de la vie…« 

DeriveSanglante2Dans ce 1er volume de la série, Stoney Calhoun va devoir résoudre une enquête criminelle. Un homme prétendant s’appeler Green se présente à la boutique pour demander un guide de pêche. Il souhaite qu’on l’accompagne à un étang qui lui a été recommandé. Mais sa tête ne revient pas à Stoney Calhoun, qui décide donc d’appeler son ami Lyle, un étudiant jouant également les guides de pêche à l’occasion. Le soir Lyle ne rentre pas et on ne tarde pas à retrouver son cadavre dans l’étang. Bien sûr Green s’est évanoui dans la nature…

J’ai adoré ce roman. J’ai adoré m’installer dans une cabane au coeur des forêts du Maine avec Stoney Calhoun et son chien Ralph, faire semblant d’y jouer les ermites mais sympathiser en fait avec tous les habitants du coin. L’enquête criminelle m’a paru très secondaire. Je suis sûre que je vais l’oublier très vite. Mais je sais que je n’oublierai pas Stoney Calhoun et que je le retrouverai même très bientôt…

TAPPLY William G. Dérive sanglante, traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni, Gallmeister (Totem), 2012, 301 p. (Bitch Creek, 2004).smiley1

Je dégaine pour la 1ère fois en 4 mois le smiley au grand sourire !

CascoBay1

Autres titres du même auteur : Casco Bay (2007) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
CarteMaine