BD

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Plaisir de vacances : se plonger dans un roman graphique et le lire d’une traite.

CesJoursQuiDisparaissentLubin Maréchal ne vit plus qu’un jour sur deux. Tout a commencé par un jour d’absence au travail. Quand il retourne le lendemain à la supérette où il est employé, il n’a aucun souvenir de ce qu’il pu faire la veille. Mais voilà que cela recommence le jour suivant. Bien sûr il va perdre son travail et se heurter à l’incrédulité de ses proches. Mais très vite il va s’apercevoir qu’un double vit à sa place ces jours qui lui échappent. Ce double est très différent de lui. Le Lubin d’origine est un enfant adopté, qui rêve de devenir un acrobate professionnel. Son double est mieux intégré, plus pragmatique, bien décidé à réussir sur un plan matériel. Il va falloir partager avec ce double : l’appartement, la famille, une petite amie… Et puis tout va s’accélérer. Malgré la thérapie, le double va l’emporter et vivre de plus en plus aux dépens du Lubin d’origine qui réapparaîtra de moins en moins souvent, obligé de vivre sa vie et son vieillissement en accéléré…

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CesJoursQuiDisparaissent2Ces jours qui disparaissent s’inscrit dans le genre fantastique, car jamais l’on ne sait si Lubin est schizophrène, s’il est victime de son imagination ou d’un phénomène surnaturel. Son double mène la vie qui aurait pu être la sienne s’il n’avait pas perdu ses parents à l’âge de 4 ans. Sans ce drame initial, il n’aurait sans doute pas été ce doux rêveur qu’il est devenu. Sans cette faille, il serait devenu quelqu’un qui réussit, mais aussi quelqu’un d’humainement moins intéressant. Chacun de nous peut ainsi vivre une seconde vie imaginaire. Et si, à tel moment de notre existence, nous avions fait un autre choix ? Dans un monde alternatif, nous vivons peut-être cette autre existence possible. Mais dans le roman graphique, les deux versions de Lubin partagent le même monde et parviennent à communiquer en différé. Voir le Lubin d’origine perdre la partie est désolant. Comme s’il avait renoncé à vivre sa vie et qu’il ne parvenait plus qu’exceptionnellement à être vraiment lui-même. Seule touche d’espoir : l’histoire d’amour qu’il parvient malgré tout à vivre en pointillés, jusqu’au bout.

Magnifique roman graphique !

LE BOUCHER Timothé. Ces jours qui disparaissent, Glénat, 2019, 192 p. (édition spéciale enrichie de dessins inédits).
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·SFFF

Et si les chats disparaissaient du monde… – Genki Kawamura

EtsileschatsEst-ce que j’aurais craqué pour ce roman s’il s’était intitulé Deux milliards de battements de coeur ? Probablement pas… C’est pourtant sous ce titre qu’il a été publié chez Fleuve éditions en 2017 avant de reparaître chez Pocket avec un nouveau titre et un joli chat noir en couverture.

« Sans rien dire, j’ai attrapé mon chat pour le serrer contre moi. Il était chaud et doux, j’avais l’impression de porter une écharpe. Je câline souvent ce petit félin sans y penser, mais cette fois-ci c’était différent. C’est ça, la vie, ai-je songé. »

Le héros de ce roman a 30 ans, quand il apprend qu’il est condamné à brève échéance par une maladie grave. A peine a-t-il appris la terrible nouvelle, que le Diable lui apparaît et lui propose un marché : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire ». Bien sûr, notre héros accepte le contrat, avant d’apprendre que le Diable choisit lui-même ce qui doit disparaître. Et si, pour commencer, il devait faire disparaître le chocolat ? Notre héros n’a qu’une chose à faire : accepter la disparition qui lui est proposée. La disparition a lieu et le monde en est plus ou moins modifié. La journée supplémentaire qui lui est alors accordée lui donne l’occasion de revoir un premier grand amour, de faire une déclaration d’amour au cinéma, de repenser à sa vie, à ses parents, ou encore à son chat…

« Les chats sont formidables. Ils feignent de ne se préoccuper de rien d’autre qu’eux-mêmes, mais en cas de coup dur, on peut compter sur eux. »

Bien sûr, si vous avez ou avez eu au moins un chat dans votre vie, vous apprécierez d’autant plus le roman de Genki Kawamura. Mais ce n’est pas absolument nécessaire, car ce court roman fantastique aborde, l’air de rien, bien d’autres sujets qui nous concernent tous. Vous y trouverez des listes, à la manière des Notes de chevet de Sei Shonagon. Et même un Je me souviens. Vous verserez peut-être quelques larmes. Car ce roman est à la fois fin, amusant, émouvant et absolument charmant.

KAWAMURA Genki. Et si les chats disparaissaient du monde…, traduit du japonais par Diane Durocher, Pocket, 2018, 165 p. (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012).

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