Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Ça ne coûte rien de demander – Sara Lövestam

Après Chacun sa vérité, j’ai enchaîné avec le deuxième roman de Sara Lövestam consacré au détective Kouplan. Le troisième va sortir ce mois-ci en France en grand format. Pour ne pas courir le risque de me lasser, j’attendrai tranquillement sa sortie en poche. En tous cas, si vous n’avez pas lu le premier de la série, ne lisez pas ce qui va suivre, car je vais être obligée de dévoiler ce qui nous est révélé sur Kouplan à la fin de Chacun sa vérité

Ca-ne-coute-rien-de-demanderDans ce deuxième roman de la série, Kouplan va aider Jenny, une conseillère municipale qui s’est fait escroquer de deux cent mille couronnes par son amante. Pourtant pas attirée par les femmes jusque-là, Jenny était tombée sous le charme d’Amanda, une très belle femme particulièrement séductrice. Une fois que la belle s’est envolée dans la nature avec son argent, Jenny est prête à engager quelqu’un pour enquêter discrètement, quand elle tombe sur Kouplan. Dans le quartier chic de Lindingö, Kouplan était occupé à fouiller les poubelles pour y dénicher des canettes consignées, son moyen de subsistance depuis sa première enquête achevée deux mois auparavant. Kouplan entend Jenny parler au téléphone avec le sous-locataire d’Amanda, qui s’est aussi fait voler ses trois mois de caution par celle qu’il croyait propriétaire de l’appartement. L’occasion est trop belle. Kouplan propose ses services à Jenny. Bien sûr il a l’air d’un SDF fouillant dans les poubelles, mais au moins il paraît moins jeune que quelques mois plus tôt, son traitement l’aidant à se transformer physiquement…

« Elle ne savait pas encore très clairement, quand elle a engagé Kouplan, quel type de souffrance elle voulait infliger à Amanda. Quand le détective le plus clochardisé quelle ait jamais vu est sorti de l’ombre et s’est présenté à elle, elle n’y avait consacré que des rêveries, elle n’avait pas envisagé la possibilité de l’accomplir réellement. Dorénavant, elle fait le tri entre les différentes possibilités comme quand on choisit un nouveau carrelage. Les suggestions du catalogue ont toutes leur charme. » (p. 55)

Onska-kostar-ingentingJusqu’à la fin du premier roman, l’originalité de Kouplan était d’être sans-papiers. Mais voilà qu’il est aussi transsexuel. Né fille, il suit un traitement hormonal qui l’aide à devenir garçon. Doublement à la marge, il occupe une position intéressante pour un détective. Observateur marginal de la vie suédoise, il est aussi un parfait guide touristique pour un lecteur étranger.

« Chaque immeuble a son langage. Il raconte des histoires de vieilles origines, de temps meilleurs, de politiques de logement de masse ou encore d’angles de rue exclusifs et de vues coûteuses. L’immeuble devant lequel ils s’arrêtent tous deux évoque à Kouplan un début de siècle fortuné. »

Le final est vraiment celui d’une série. L’enquête sur Amanda se résout, mais dans les dernières pages Kouplan reprend le premier rôle. Non seulement sa situation d’immigré clandestin n’est pas résolue, car il doit encore attendre plusieurs mois avant de pouvoir renouveler sa demande d’asile, mais en plus sa situation personnelle se complique encore. A suivre donc…

LÖVESTAM Sara. Ça ne coûte rien de demander. Une enquête de Kouplan, détective sans-papiers, traduit du suédois par Esther Sermage, Pocket, 2019, 405 p. (Önska kostar ingenting, 2015).smiley2

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Du même auteur : Chacun sa vérité (2015)

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Chacun sa vérité – Sara Lövestam

Pour choisir ce polar suédois, j’avoue m’être laissée influencer par la mention « Grand prix de littérature policière ». Car on ne choisit pas un polar nordique sans risque. Depuis le succès de Millenium, il se publie tout et n’importe quoi, plus souvent le pire que le meilleur. Or j’espérais le meilleur. Je ne suis pas déçue. J’ai marché, suivi l’enquête avec intérêt. Mais surtout, je me suis sentie en phase avec l’auteur et son personnage de détective.

Chacun-sa-veriteChacun sa vérité est le premier titre d’une série de polars consacrée au détective Kouplan, un jeune iranien sans-papiers réfugié à Stockholm. Le deuxième volet de la série est paru la même année en Suède : Ça ne coûte rien de demander. Quant au troisième, il arrive en France très prochainement : Libre comme l’air.

Dans Chacun sa vérité, Kouplan passe une petite annonce pour offrir ses services de détective. Une femme le contacte. Sa fille de six ans a disparu. Pour de mystérieuses raisons, elle ne veut pas avoir affaire à la police. Elle engage donc Kouplan, ce jeune iranien sans-papiers qui fuit lui-même les autorités. Il a 26 ans, en paraît à peine 18, et n’a pas franchement l’air d’un professionnel. Mais il est, pour Pernilla, son seul espoir de retrouver la petite Julia. Or Pernilla n’a pas tout dit à Kouplan. Elle lui cache quelque chose sur la naissance de Julia. Qui est son vrai père ? Pourquoi n’est-elle pas scolarisée et n’a-t-elle pas de numéro de sécurité sociale ? Pourquoi la mère n’a-t-elle aucune photo de sa fille ? Et si Pernilla n’avait pas elle-même les réponses à toutes ces questions ? Que lui est-il arrivé pour qu’elle ait occulté une partie de son histoire ?

sanningmedmodifikationChacun sa vérité est à la fois un roman psychologique et un roman social. Comment vit-on à Stockholm quand on est sans-papiers ? C’est ce qu’on découvre en accompagnant Kouplan dans son enquête. Ce n’est pas un grand spécialiste des disparitions d’enfant. Il n’a pas non plus les moyens qu’aurait la police pour mener son enquête. Il en sait même un peu moins que le lecteur qui a aussi accès au point de vue de Pernilla et à celui de la petite fille, prisonnière quelque part… La fin est très réussie. Elle se laisse en partie deviner, mais elle apporte aussi une grosse surprise au lecteur.

J’ai bien aimé qu’il y ait une préface, qui nous présente un peu l’auteur et nous donne quelques éléments de compréhension de la situation en Suède. Celle de Marc de Gouvenain nous rappelle notamment que la Suède est le pays le plus hospitalier d’Europe, acceptant une demande d’asile pour 300 habitants, soit 15 fois plus que la France. Mais parallèlement, l’extrême droite y progresse rapidement. Dans ce contexte, Sara Lövestam a clairement choisi son camp.

C’est officiel : me voici réconciliée avec le polar suédois !

LÖVESTAM Sara. Chacun sa vérité. Une enquête du détective Kouplan, traduit du suédois par Esther Sermage, préface de Marc de Gouvenain, Pocket, 2018, 301 p. (Sanning med modifikation, 2015).

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Peur – Dirk Kurbjuweit

En quête de polars récents, j’ai essayé en faisant mes emplettes de varier les genres et opté d’abord pour un thriller. C’est du moins ce que m’a laissé croire la collection et le titre du roman plein de promesses : Peur. J’en frissonnais d’avance. Hélas, ce petit roman allemand ne fait pas du tout peur.

Peur-dirk-KurbjuweitC’est un roman qui commence par la fin. Le narrateur rend visite à son père dans ce qui pourrait être une maison de retraite. Mais non, c’est une prison, car il a tué un homme. Il l’a fait pour son fils et sa famille, harcelés par leur voisin du dessous. S’ensuit le récit du harcèlement qui bien sûr ira crescendo. Pourtant le roman manque de rythme, sans doute parce que le récit est entrecoupé des souvenirs d’enfance du narrateur à Berlin-Est, auprès d’un père collectionneur d’armes à feu. C’est assez réaliste et d’une grande justesse psychologique. Car il n’y a que dans un polar qu’on admet d’emblée l’existence d’un psychopathe capable de vous pourrir la vie. Dans la vraie vie, on ne veut pas y croire. C’est pourquoi le narrateur va au début minimiser la dangerosité de son voisin et tarder à réagir.

« Fallait-il déménager ? Nous avions déjà évoqué cette solution avant de la rejeter. Pourtant, elle nous aurait permis de nous débarrasser du monstre, de le laisser derrière nous. Seulement il était hors de question de nous faire chasser de chez nous, nous étions dans notre bon droit et n’avions nulle intention de céder. Nous aimions notre appartement : c’était notre chez-nous, notre confort petit-bourgeois, notre placement pour nos vieux jours. » (p. 177)

angstLe titre trouve une explication au coeur du roman. Non la peur n’est pas celle du lecteur, ni seulement celle du narrateur harcelé par son voisin. Mais celle d’un petit garçon face à un père violent, colérique, menaçant et armé jusqu’aux dents. Et celle de ce père qui s’entraînait au tir chaque semaine, comme pour se prémunir d’un danger imaginaire.

« J’aimerais être bien clair, j’ai vécu une adolescence parfaitement normale. L’autre piège, quand on se pose en historien, c’est de faire la part belle aux événements dramatiques, d’y voir la preuve d’épisodes mouvementés, voire troublés. Nous avions une petite vie tranquille au contraire, surtout à la maison. » (p. 113)

Là où le roman est assez malin, c’est qu’il joue justement avec notre attente de lecteur de thriller. Pour ce lecteur, il n’y a aucun doute à avoir, le psychopathe est potentiellement dangereux. Le narrateur a donc raison d’avoir peur et nous adoptons d’abord son point de vue facilement. Puis le doute s’insinue, alors même que nous constatons qu’il ne s’agit pas vraiment d’un thriller…

« Nous menons au moins deux vies en parallèle, surtout après de grandes décisions : la vie que nous avons choisie et celle que nous avons refusée. Et c’est à cette vie-là que nous pensons sans cesse au regard de celle que nous menons. » (p. 213)

KURBJUWEIT Dirk. Peur, traduit de l’allemand par Denis Michelis, Le livre de poche (Thriller), 2019, 283 p. (Angst, 2013).

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Lire·Polar

Comme une envie de polars

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Ça y est, ça me reprend. Après quelque temps sans lire de polars, voilà que c’est à nouveau ce dont j’ai envie ou même besoin. Mais comment faire, quand on n’a pas trop suivi l’actualité du polar depuis un moment ? Bien sûr, on peut toujours lire quelques classiques du genre (je ne m’en priverai sans doute pas). Mais si on veut des polars récents, qui parlent du monde d’aujourd’hui, comment fait-on ? Il y a bien les blogs de polar, mais ils chroniquent tellement de nouveautés, toujours en grand format, que je pourrais m’y noyer sans trouver les 3 poches qui seront mes 3 prochaines lectures.

Alors j’ai finalement opté pour la bonne vieille technique de la flânerie en librairie. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai choisi une grande librairie, avec du neuf et de l’occasion, beaucoup de poches. Et j’ai fait mon marché en essayant de varier les pays et les langues d’origine. Maintenant j’espère juste ne pas enchaîner les déceptions…