Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois anglais·Polar

La Quiche fatale – M. C. Beaton (Agatha Raisin enquête 1)

Voilà une série dont j’entends parler autour de moi et que je remarque en libraire depuis l’année dernière. Mais en me décidant à en lire le premier tome à l’occasion du Mois anglais et de sa journée Agatha (Christie, Raisin, Frost), je découvre que la série date de 1992. Parfois les informations mettent un temps fou à arriver jusqu’à moi ! 🙂 Plus sérieusement, sa traduction française ne date que de 2016 et une série diffusée sur France 3 l’aurait popularisée en France en 2017. La série compte 27 tomes, dont déjà 16 disponibles en français (j’imagine que plusieurs traducteurs sont sur le coup).

QuicheFataleAu début de ce premier tome de la série, Mrs Agatha Raisin prend à 53 ans une retraite anticipée. Elle quitte donc son agence londonienne de relations publiques pour son rêve de toujours : un cottage dans les Cotswolds. Mais Agatha n’a pas un caractère facile, alors son intégration dans son nouveau village s’annonce difficile. N’ayant eu jusque-là que le travail pour toute vie sociale, elle est incapable de se faire des amis. En revanche, ayant l’habitude d’être en compétition avec les autres, elle est très forte pour se faire des ennemis. Elle commence donc par sa voisine, dont elle débauche la femme de ménage en lui offrant une meilleure paye. Puis elle voit une annonce pour un concours de quiches et décide de s’y inscrire. Bien sûr, pas question de cuisiner. Agatha achète une quiche aux épinards chez un grand traiteur londonien et la présente comme son oeuvre. Après le concours, déçue de ne pas avoir gagné, elle s’en va en laissant sa quiche, qui causera la mort de l’organisateur du concours…

« Elle éteignit la télé et prit Autant en emporte le vent. Elle s’était fait une joie à la perspective d’une lecture vaguement honteuse pour fêter sa nouvelle vie de loisirs, mais elle fut stupéfaite par l’excellente qualité du roman. Il se lisait si facilement que c’en était presque indécent, pensa-t-elle, elle qui n’avait jusque-là jamais lu que le genre de livres qu’on lit pour impressionner les autres. »

Cotswolds

CarteAngleterreComme l’intrigue de ce roman est mince et comme son rythme est lent ! Nous sommes vraiment dans le roman policier pour dames, avec une sorte de Miss Marple enquêtant sur une affaire d’empoisonnement. On n’est pas non plus très loin de la chick lit, mais version retraitée, avec cette histoire d’ex-femme d’affaires cherchant des occupations pour sa retraite, mais aussi, comme on s’en rendra compte à la fin de ce 1er roman de la série, cherchant encore l’amour. Bref, il s’agit d’une littérature qui n’a pas d’autre prétention que de nous distraire. Mais pourquoi ce qui se revendique distrayant a souvent tendance à m’ennuyer ? Croyez-moi, j’aurais adoré me passionner pour les aventures d’Agatha Raisin et je ne suis pas fière de jouer les rabat-joie.

Au moins la prochaine fois que quelqu’un me racontera le sourire aux lèvres avoir passé ses vacances avec Agatha Raisin, je saurai de quoi il est question. Mais je ne pense pas me précipiter sur la suite…

BEATON M. C. Agatha Raisin enquête 1. La Quiche fatale, traduit de l’anglais par Esther Ménévis, Albin Michel, 2019, 319 p. (The Quiche of Death, 1992).
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Littérature étrangère·Mois anglais

Mois anglais

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Chaque année au mois de Juin, c’est le Mois anglais. Cette année, pour sa 8e édition, il est organisé par Lou et Titine. Grâce au Mois japonais, j’ai pris goût aux mois thématiques, alors je vais bien sûr réitérer l’expérience. Mais ce sera sûrement très différent, car le Mois anglais est aussi populaire sur les blogs, que le Mois japonais est confidentiel.

J’envisage donc de ne plus lire qu’anglais du 1er au 30 juin. Malgré tout ma participation sera modeste, car je n’ai pas pris d’avance (je dis ça, parce que j’ai cru comprendre que d’autres se mettaient presque en pause en mai pour préparer leurs munitions). Au mieux je commencerai mes lectures anglaises pendant ce week-end prolongé, mais à petites doses, car je ne me sens pas taillée pour les RAT (Read-a-thon). Actuellement je ressens un grand besoin de m’aérer, d’aller marcher en ville mais aussi dans la nature. J’ai des envies de forêts, de lacs, de jardins… Mais je m’égare.

Lou et Titine ont mis sur pied un programme très riche. J’essaierai de me caler sur quelques dates, mais sans doute très peu au regard de tout ce qui est proposé ici. J’ai déjà quelques romans anglais sur ma pile, une bd et deux albums, mais ce ne sera sans doute pas suffisant. Je prévois donc une virée en librairie pendant le week-end…

C’est parti pour un mois de scones et de shortbread !

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Dark Tiger – William G. Tapply

A quoi bon lire autre chose ? Je suis si bien dans les forêts du Maine. Après Dérive sanglante et Casco Bay, j’enchaîne donc avec le troisième et malheureusement dernier volet des aventures de Stoney Calhoun : Dark Tiger.

DarkTigerLe début de ce troisième roman est vraiment très habile. D’abord Stoney Calhoun apprend que le bail de la boutique d’articles de pêche qu’il tient avec Kate ne va pas être renouvelé. Ensuite, alors qu’il s’apprête à apprendre la mauvaise nouvelle à Kate, celle-ci revient de la maison médicalisée où est soigné son mari atteint de sclérose en plaques avec une autre mauvaise nouvelle : l’assurance ne va plus prendre en charge les frais médicaux de son mari, ce qui la laisse sans aucune solution. Puis l’homme au costume réapparaît. Cet homme, qui appartient à l’ancienne vie de Stoney Calhoun, lui rend visite régulièrement pour savoir s’il a commencé à recouvrer la mémoire. Cette fois il reprend contact dans un tout autre but. Il a une mission à confier à Stoney Calhoun. Le pensionnaire d’un hôtel de luxe pour passionnés de pêche a été assassiné. C’était un agent d’un service de renseignement qui avait certainement découvert des informations importantes. L’homme au costume demande donc à Stoney Calhoun de se faire engager dans cet hôtel en tant que guide de pêche remplaçant pendant 6 semaines. S’il accepte cette mission, les deux catastrophes annoncées n’auront pas lieu : le bail de la boutique sera renouvelé et l’assurance continuera de prendre en charge les frais médicaux de Walter. Ces deux mauvaises nouvelles étaient en fait pour l’homme au costume le moyen de démontrer l’étendue de son pouvoir et de contraindre Stoney Calhoun à reprendre du service…

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L’intrigue de ce 3e roman est assez amusante car elle rappelle les romans policiers à énigme à la manière d’Agatha Christie. Stoney Calhoun se retrouve dans un hôtel au bord d’un lac, où se côtoient des pêcheurs et des guides de pêche. Dans ce monde clos, les meurtres vont se succéder faisant de tous les occupants de l’hôtel des coupables potentiels. Dès son arrivée, Stoney Calhoun occupe une place à part dans l’hôtel, en devenant le confident de tout le monde. Bien sûr il est aussi victime de quelques tentatives d’assassinat, mais la chance est toujours avec lui. Même les méchants n’arrivent pas à passer pour réellement méchants. Ils sont pourtant impliqués dans des projets criminels particulièrement horribles, mais William G. Tapply les réduit au rôle de simples trafiquants uniquement intéressés par l’argent. Tout m’a semblé édulcoré dans ce roman. Mais je l’ai lu avec autant de plaisir que les précédents. Sans doute que j’avais besoin de ça. Une lecture simple, avec des personnages sympathiques qui entretiennent des relations idylliques entre eux et une complicité sans faille avec leur chien. Un genre de feel good book (genre que je fuis habituellement), mais un feel good book sincère et non formaté. Un roman sans prétention, plaisant comme une balade dans les forêts du Maine.

DarkTiger1Voilà, c’est fini. William G. Tapply est mort en 2009, peu après la parution aux États-Unis du troisième tome de sa série policière. Il n’y aura donc pas de suite. Mais peut-être qu’un jour les nombreux autres romans de William G. Tapply seront traduits en français ?

TAPPLY William G. Dark Tiger, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2015, 307 p. (Dark Tiger, 2009).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Casco Bay (2007).CascoBay1
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Casco Bay – William G. Tapply

Immédiatement après avoir découvert le personnage de Stoney Calhoun dans Dérive sanglante, j’ai enchaîné avec le deuxième volet de la série de William G. Tapply : Casco Bay.

CascoBay1L’action de Casco Bay se situe un peu plus d’un an après celle de Dérive sanglante et rien n’a vraiment changé. Stoney Calhoun habite toujours dans sa cabane en forêt, avec son chien Ralph. Il travaille toujours avec Kate, qu’il aime toujours, et il n’a toujours pas recouvré la mémoire. Il est sorti d’un hôpital 7 ans auparavant et a maintenant 39 ans.
Au début du roman, il accompagne un client à la pêche en mer dans Casco Bay. L’homme, un certain Paul Vecchio, demande à faire une pause. Stoney Calhoun le dépose alors sur une île inhabitée, où il ne tarde pas à découvrir un cadavre carbonisé. Peu de temps après cette sortie en mer, Vecchio est assassiné et retrouvé mort sur la terrasse de Stoney Calhoun…

CarteMaineCette fois, il m’a fallu mettre quelques images sur les aventures de Stoney Calhoun. J’ai d’abord mis la main sur une carte des États-Unis, histoire de situer le Maine. Ça m’a fait penser à un challenge qui consiste à parcourir les 50 États des États-Unis par ses lectures. Et d’un !

Ensuite j’ai cherché des photos de Casco Bay et des forêts du Maine.

Puis j’ai tenu à visualiser la bar rayé de Casco Bay.

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Enfin je me suis demandée à quoi pouvait bien ressembler Ralph, un épagneul breton orange et blanc.

Lecteur est un sacré boulot, croyez-moi ! Je me verrais d’ailleurs bien faire ça à plein temps…

CascoBayLa nouveauté de ce deuxième roman de la série est l’officialisation de la collaboration entre Stoney Calhoun et le shérif Dickman, dont il devient l’adjoint volontaire et bénévole. Il apparaît de plus en plus évident qu’avant son hospitalisation Stoney Calhoun a travaillé dans la police ou l’espionnage. L’homme au costume, qui appartient sans doute à son ancienne vie, continue d’ailleurs de lui rendre visite pour tenter de découvrir si la mémoire lui revient. L’homme semble bienveillant. Pourtant on ne peut s’empêcher de se demander si Stoney Calhoun ne sera pas en danger le jour où tout lui reviendra…

L’intrigue policière de ce deuxième roman m’a paru meilleure que celle du premier. Jusqu’au bout j’ai été dans l’attente de sa résolution, après m’être laissée prendre par les différentes fausses pistes de William G. Tapply. Mais le personnage de Stoney Calhoun m’a cette fois un peu déçue, en trouvant tout à fait légitime qu’un autre personnage ait pu se faire justice lui-même. Il a fallu ce désaccord, pour que je me rende compte qu’il était aussi armé jusqu’aux dents et qu’il n’hésitait pas à accueillir ses visiteurs avec un fusil. Mais voilà, nous sommes dans une fiction, alors je ne peux pas m’empêcher, malgré tout, de le trouver sympathique. C’est pourquoi il faudra que je le retrouve pour la suite et fin de la série…

TAPPLY William G. Casco Bay, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2014, 357 p. (Gray Ghost, 2007).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Dérive sanglante – William G. Tapply

Premier volet des aventures de Stoney Calhoun, Dérive sanglante a été suivi de Casco Bay et Dark Tiger. Malheureusement, son auteur William G. Tapply est mort juste après la parution du 3e volume, laissant sa série policière inachevée. J’ai repéré cette série alors que je cherchais des lectures liées au nature writing. Mes vacances s’achevaient. J’allais devoir retrouver la capitale, reprendre travail et vie sociale. Or je serais bien restée dans une cabane au fond des bois, à laisser s’écouler les heures, faire le vide et attendre que le désir de rejoindre les autres se fasse sentir…

Dans Dérive sanglante, comme dans toute série, nous suivons deux histoires : celle du personnage principal Stoney Calhoun qui s’étendra sur toute la série (et donc ne s’achèvera peut-être pas) et une enquête policière qui se résoudra à la fin de ce 1er volume.

DeriveSanglanteStoney Calhoun est lui-même un mystère. C’est un mystère pour nous lecteurs, mais aussi pour lui-même, car il a partiellement perdu la mémoire. Cinq ans plus tôt, il est sorti d’un hôpital de Virginie, où il a séjourné après avoir été foudroyé. De sa vie d’avant il ne lui reste rien, si ce n’est quelques flashs qu’une enquête criminelle va provoquer. Et puis il y a ces visites mystérieuses d’un homme en costume, qui vient régulièrement prendre de ses nouvelles, mais refuse de répondre à ses questions. Il semble guetter le moment ou Stoney Calhoun recouvrera la mémoire. Pour le moment, Stoney Calhoun a élu domicile dans une forêt du Maine, non loin de Portland. Il s’y est construit une cabane et a trouvé du travail dans une boutique d’articles de pêche. Il vit aussi une histoire d’amour avec Kate, la très jolie patronne de la boutique. Mariée à un homme handicapé par une sclérose en plaques, Kate a tenu à ce que leur relation reste cachée de tous, sauf de son mari. Chaque soir, Stoney Calhoun espère la voir apparaître sur le seuil de sa cabane en robe du soir…

« A l’hôpital, il avait lu les merveilleux récits d’E.B. White sur la vie dans les territoires rocailleux du Maine, et il savait qu’il avait déjà habité cette région, déjà lu ces essais.
Et lorsqu’il avait lu Thoreau, le texte lui était si familier qu’il lui suffisait d’effleurer un passage des yeux pour être à même de le réciter. J’ai gagné les bois, avait écrit Thoreau, parce que je désirais vivre de mon propre chef, ne me confronter qu’aux faits essentiels de l’existence… Je voulais vivre en profondeur et sucer toute la moelle de la vie…« 

DeriveSanglante2Dans ce 1er volume de la série, Stoney Calhoun va devoir résoudre une enquête criminelle. Un homme prétendant s’appeler Green se présente à la boutique pour demander un guide de pêche. Il souhaite qu’on l’accompagne à un étang qui lui a été recommandé. Mais sa tête ne revient pas à Stoney Calhoun, qui décide donc d’appeler son ami Lyle, un étudiant jouant également les guides de pêche à l’occasion. Le soir Lyle ne rentre pas et on ne tarde pas à retrouver son cadavre dans l’étang. Bien sûr Green s’est évanoui dans la nature…

J’ai adoré ce roman. J’ai adoré m’installer dans une cabane au coeur des forêts du Maine avec Stoney Calhoun et son chien Ralph, faire semblant d’y jouer les ermites mais sympathiser en fait avec tous les habitants du coin. L’enquête criminelle m’a paru très secondaire. Je suis sûre que je vais l’oublier très vite. Mais je sais que je n’oublierai pas Stoney Calhoun et que je le retrouverai même très bientôt…

TAPPLY William G. Dérive sanglante, traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni, Gallmeister (Totem), 2012, 301 p. (Bitch Creek, 2004).smiley1

Je dégaine pour la 1ère fois en 4 mois le smiley au grand sourire !

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Autres titres du même auteur : Casco Bay (2007) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Tokyo-Montana Express – Richard Brautigan

C’est avec un Américain, que je vais conclure mon Mois japonais. Richard Brautigan est l’auteur d’un roman que j’adore, que j’ai lu, relu et souvent offert autour de moi : Un privé à Babylone. Pourtant, je n’avais encore rien lu d’autre de lui. Écrivain suicidé peu avant ses 50 ans, il a tout de même laissé une vingtaine de livres, dont des romans, des recueils de nouvelles, des poésies et une autobiographie.

Tokyo-Montana-ExpressTokyo-Montana Express est un livre inclassable. On l’ouvre sans savoir précisément de quoi il retourne. S’agit-il d’un recueil de fragments ou de nouvelles ? S’agit-il d’une autobiographie, d’une sorte de journal fragmenté d’un Américain amoureux du Japon ? Le livre avait l’air composite, alors je n’ai pas suivi Brautigan dans son périple. J’ai préféré sauté d’un fragment à l’autre, dans le plus grand désordre. Maintenant je pense à un titre d’Annie Ernaux qui lui irait bien : « Journal du dehors ». Car ce livre est un recueil d’anecdotes, de petits faits observés dans la rue, au supermarché ou les transports en commun. Mais la réalité observée est souvent déformée par la fantaisie de Brautigan qui délire volontiers. Dans un fragment nous sommes au Montana, sous la neige, entourés de montagnes, en compagnie d’un Brautigan éleveur de poules. L’instant d’après nous sommes dans une chambre d’hôtel à Tokyo, avec un Brautigan lecteur d’un gros livre sur Groucho Marx. Puis nous revenons dans le Montana, d’où nous voyageons en Floride grâce à la chaleur du soleil emmagasinée par une boîte aux lettres en métal. A première vue, ces fragments paraissent insignifiants. Il ne ne sont pourtant pas sans charme, souvent poétiques ou joliment étranges. Mon préféré décrit une tempête de neige réduite à deux flocons, qui évoquent à Brautigan des Laurel et Hardy culbutant avec des tartes à la crème sur la figure…

Je vous mets au défi de lire Brautigan sans sympathiser avec lui.

BRAUTIGAN Richard. Tokyo-Montana Express, traduit de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin, Christian Bourgois éditeur, 2018, 311 p. (The Tokyo-Montana Express, 1980).smiley2UnMoisAuJapon2

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Le Dévouement du suspect X – Keigo Higashino

Connu pour son roman La Maison où je suis mort autrefois, Higashino Keigo a inauguré avec Le Dévouement du suspect X une série policière qu’il a poursuivie avec Un café maison puis L’Équation de plein été. L’originalité de cette série provient de la profession d’un des personnages récurrents. En effet, Yukawa a le bon goût de n’être ni policier, ni détective, ni même magistrat, avocat, ou encore médecin légiste, mais physicien.

LeDevouementDuSuspectXIshigami est prof de math. Tous les matins sur le chemin de son lycée, il fait un détour pour acheter son bento chez le traiteur où travaille Yasuko, sa voisine dont il est secrètement amoureux. Le jour où Yasuko tue son ex-mari venu la harceler, Ishigami lui offre son aide pour faire disparaître le cadavre…

Quand l’inspecteur Kusanagi entre en scène, le corps d’un homme a été retrouvé sur une berge, enveloppé dans une bâche de chantier en plastique bleu. L’homme est entièrement nu, son visage a été écrasé et le bout de ses doigts brûlé. Tout laisse donc à penser que son meurtrier voulait éviter qu’on l’identifie. Cela exclut l’hypothèse du crime de hasard et oriente immédiatement vers un proche. De plus, malgré les précautions du coupable, la police n’a aucun mal à identifier la victime. Des appels dans tous les hôtels de l’arrondissement suffisent pour repérer le cas d’un homme qui a disparu du jour au lendemain sans récupérer ses effets personnels. Il n’y a plus alors qu’à comparer les cheveux retrouvés dans la chambre avec ceux du cadavre et à relever l’identité du disparu dans le registre de l’hôtel. C’est ainsi que l’inspecteur Kusanagi en vient rapidement à soupçonner Yasuko, l’ex-femme du mort…

YogishaXNoKenshinCe qui est très amusant dans ce roman, c’est l’enchâssement des enquêtes. Ishigami est le premier enquêteur du roman, puisque dès les premières pages il déduit de quelques indices que sa voisine vient de tuer quelqu’un. Lui offrant son aide, il devient son complice. Puis c’est au tour de l’inspecteur Kusanagi. Non seulement Kusanagi a l’habitude de faire appel à son ami physicien pour résoudre des enquêtes, mais cette fois-ci Yukawa, le physicien, est un ancien camarade de fac d’Ishigami, le prof de math. S’ensuit une double-enquête, celle faite avec les moyens de la police (interrogatoires, analyses, etc.) et celle tout en raisonnement logique du physicien…

« – Tu ne crois pas que tu y accordes trop d’importance ? C’est un génie des mathématiques, mais un débutant en matière de crime.
– C’est la même chose, déclara posément le physicien. Et pour lui, le crime est probablement plus simple. »

Cette série policière est digne des Aventures de Sherlock Holmes, Ishigami et Yukawa partageant l’art de la déduction de Holmes. Seule la fin du roman ne m’a pas vraiment convaincue. Les explications finales sont données à plusieurs reprises par différents personnages, de manière inutilement appuyée. La fin est donc décevante par sa forme, mais aussi par un inutile retour à l’ordre moral, qui en fait un polar un peu daté. Dommage ! Mais je vous le recommande tout de même…

Si vous êtes allergique aux maths, inutile de vous priver de cette lecture, il n’y en a pas tant que ça. Mais si au contraire vous ne détestez pas le raisonnement mathématique, régalez-vous !

Histoire d’entendre un peu de japonais, voici pour finir la bande-annonce de l’adaptation ciné du roman.

HIGASHINO Keigo. Le Dévouement du suspect X, traduit du japonais par Sophie Refle, Babel noir, 2018, 313 p. (Yogisha X no Kenshin, 2005).smiley2UnMoisAuJapon2

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Prix Akutagawa, prix littéraire japonais

Après le Prix Yamamoto, c’est dans la liste des lauréats du Prix Akutagawa, que j’ai cherché à repérer des romans traduits en français :

  • SAYAKA Murata. La Fille de la supérette, Folio, 2019 (d’abord paru chez Denoël sous le titre Konbini).
  • HADA Keisuke. La Vie du bon côté, Picquier, 2017.
  • SHIBASAKI Tomoka. Jardin de printemps, Picquier, 2018.
  • YOSHIDA Shuichi, Park Life, Picquier, 2007.
  • GENYÛ Sôkyû. Au-delà des terres infinies, Picquier, 2008.
  • FUJIWARA Tomomi. Le Conducteur de métro, Stock, 1998.
  • MIURA Kiyohiro. Je veux devenir moine zen, Picquier, 2005.
  • MURAKAMI Ryû. Bleu presque transparent, Picquier.
  • ÔÉ Kenzaburô. Gibier d’élevage, Folio 2€, 2002.

Me voilà prête pour le Mois japonais 2020 !

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Prix Yamamoto, prix littéraire japonais

En quatrième de couverture du roman Une carte pour l’enfer, il est mentionné que ce roman « a obtenu en 1992 le prix Yamamoto, le Goncourt du genre ». J’ai trouvé la liste des lauréats de ce prix ici. Il m’a paru intéressant de savoir s’il y avait d’autres romans primés qui avaient été traduits en français. J’ai pour l’instant repéré :

  • HARADA Maha. La Toile du paradis, Picquier, 2018.
  • ISAKA Kôtarô. La Mort avec précision, Picquier, 2017 (il y a 3 titres de cet auteur traduits en français, j’ignore lequel a été primé, mais je suis tentée par celui-ci).
  • EKUNI Kaori. Dans la barque de Dieu, Pïcquier, 2016.
  • YOSHIDA Shuichi. Parade, Picquier, 2011.
  • TENDO Arata. L’Homme qui pleurait les morts, Seuil, 2014 (seul titre paru en français, j’ignore s’il s’agit du primé).
  • YOSHIMOTO Banana (plusieurs titres traduits dont Kitchen que j’a déjà lu, j’ignore lequel a été primé).
  • YAMADA Taichi. Présences d’un été, Picquier, 2006 (j’ignore s’il s’agit du primé).

J’ai l’impression que Picquier suit de près ce prix littéraire, ce qui me donne des idées de lecture pour plusieurs années de Mois japonais…

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Une carte pour l’enfer – Miyabe Miyuki

Je poursuis ma découverte du polar japonais avec Une carte pour l’enfer, deuxième roman policier traduit en français de Miyabe Miyuki, après Le Diable chuchotait et avant son recueil de nouvelles La librairie Tanabe.

Une-carte-pour-l-enferLa fiancée de Kurisaka Kazuya a disparu. Kazuya se tourne alors vers Honma, un policier de sa famille, pour la retrouver. Kazuya a 29 ans et travaille dans une banque. Il a rencontré sa fiancée, Sekine Shoko, en 1990, alors qu’elle-même travaillait chez un de ses clients. Un an plus tard, ils se sont fiancés sans le consentement des parents de Kazuya, qui n’appréciaient pas le projet de mariage de leur fils avec une orpheline d’origine modeste et sans aucun diplôme. Pendant les congés du Nouvel an, Kazuya et Shoko sont allés faire quelques achats ensemble pour leur futur appartement. C’est à cette occasion qu’il s’est rendu compte que Shoko n’avait pas de carte de crédit. Travaillant dans une banque, il a proposé d’en demander une pour elle. C’est alors qu’il a appris qu’elle était surendettée et sur la liste noire l’empêchant d’obtenir un crédit ou une carte de paiement. Son endettement était tel, qu’elle avait demandé au tribunal de la déclarer en faillite, pour que ses créanciers cessent de la harceler. Le lendemain d’une conversation entre Kazuya et Shoko à ce sujet, elle avait disparu…

« Honma le regardait sans rien dire, partagé entre deux sentiments. D’une part la curiosité, une sorte de déformation professionnelle. Bien qu’une fugue n’eût rien de particulier en soi (dans les grandes villes, les femmes disparaissent au même rythme que les couvercles des poubelles laissées dans la rue), il n’avait encore jamais entendu parler d’une femme fuyant non pas un homme mais une dette… ! Non, corrigea-t-il, puisque Shoko s’était déclarée en faillite, on ne pouvait plus parler de « dette », à moins qu’après la déclaration de faillite la dette ne restât due… ? »

UneCartePourLEnferShunsuke Honma est inspecteur de police. Il a perdu sa femme dans un accident trois ans plus tôt et élève donc seul Satoru, son fils de 10 ans. Il vit à Kanamachi, non loin de Tokyo, et a des difficultés pour marcher depuis qu’il s’est fait tirer dessus lors de l’arrestation d’un petit voyou. Il profite donc d’un arrêt de travail pour jouer les détectives privés et rechercher la fiancée de Kazuya. Son enquête est une plongée dans l’enfer du surendettement, mais également une histoire d’usurpation d’identité. Il comprend en effet très vite que la fiancée de Kazuya n’est pas celle qu’elle prétend. Elle a pris l’identité d’une autre, sans savoir que sa victime était surendettée. Mais alors qu’est devenue la véritable Shoko ? Est-elle encore en vie ? Et comment identifier l’usurpatrice et la retrouver ?

KashaAprès un abandon de lecture, j’ai été ravie de plonger dans un roman qui vous embarque tout de suite, de ceux qu’on a plaisir à retrouver quand on en a suspendu la lecture. L’inspecteur Honma est une sorte de Maigret japonais. Comme lui c’est un homme simple, qui prend son temps pour enquêter avec sérieux et empathie pour les victimes. Il a l’étoffe des héros récurrents, mais apparemment Miyabe Miyuki change de héros à chaque roman. C’est donc elle que je retrouverai avec plaisir à l’occasion d’un nouveau mois japonais…

MIYABE Miyuki. Une carte pour l’enfer, traduit du japonais par Chiharu Tanaka et Aude Fieschi, Picquier poche, 2001, 332 p. (Kasha, 1992).smiley2

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