Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Dark Tiger – William G. Tapply

A quoi bon lire autre chose ? Je suis si bien dans les forêts du Maine. Après Dérive sanglante et Casco Bay, j’enchaîne donc avec le troisième et malheureusement dernier volet des aventures de Stoney Calhoun : Dark Tiger.

DarkTigerLe début de ce troisième roman est vraiment très habile. D’abord Stoney Calhoun apprend que le bail de la boutique d’articles de pêche qu’il tient avec Kate ne va pas être renouvelé. Ensuite, alors qu’il s’apprête à apprendre la mauvaise nouvelle à Kate, celle-ci revient de la maison médicalisée où est soigné son mari atteint de sclérose en plaques avec une autre mauvaise nouvelle : l’assurance ne va plus prendre en charge les frais médicaux de son mari, ce qui la laisse sans aucune solution. Puis l’homme au costume réapparaît. Cet homme, qui appartient à l’ancienne vie de Stoney Calhoun, lui rend visite régulièrement pour savoir s’il a commencé à recouvrer la mémoire. Cette fois il reprend contact dans un tout autre but. Il a une mission à confier à Stoney Calhoun. Le pensionnaire d’un hôtel de luxe pour passionnés de pêche a été assassiné. C’était un agent d’un service de renseignement qui avait certainement découvert des informations importantes. L’homme au costume demande donc à Stoney Calhoun de se faire engager dans cet hôtel en tant que guide de pêche remplaçant pendant 6 semaines. S’il accepte cette mission, les deux catastrophes annoncées n’auront pas lieu : le bail de la boutique sera renouvelé et l’assurance continuera de prendre en charge les frais médicaux de Walter. Ces deux mauvaises nouvelles étaient en fait pour l’homme au costume le moyen de démontrer l’étendue de son pouvoir et de contraindre Stoney Calhoun à reprendre du service…

LacMaine

L’intrigue de ce 3e roman est assez amusante car elle rappelle les romans policiers à énigme à la manière d’Agatha Christie. Stoney Calhoun se retrouve dans un hôtel au bord d’un lac, où se côtoient des pêcheurs et des guides de pêche. Dans ce monde clos, les meurtres vont se succéder faisant de tous les occupants de l’hôtel des coupables potentiels. Dès son arrivée, Stoney Calhoun occupe une place à part dans l’hôtel, en devenant le confident de tout le monde. Bien sûr il est aussi victime de quelques tentatives d’assassinat, mais la chance est toujours avec lui. Même les méchants n’arrivent pas à passer pour réellement méchants. Ils sont pourtant impliqués dans des projets criminels particulièrement horribles, mais William G. Tapply les réduit au rôle de simples trafiquants uniquement intéressés par l’argent. Tout m’a semblé édulcoré dans ce roman. Mais je l’ai lu avec autant de plaisir que les précédents. Sans doute que j’avais besoin de ça. Une lecture simple, avec des personnages sympathiques qui entretiennent des relations idylliques entre eux et une complicité sans faille avec leur chien. Un genre de feel good book (genre que je fuis habituellement), mais un feel good book sincère et non formaté. Un roman sans prétention, plaisant comme une balade dans les forêts du Maine.

DarkTiger1Voilà, c’est fini. William G. Tapply est mort en 2009, peu après la parution aux États-Unis du troisième tome de sa série policière. Il n’y aura donc pas de suite. Mais peut-être qu’un jour les nombreux autres romans de William G. Tapply seront traduits en français ?

TAPPLY William G. Dark Tiger, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2015, 307 p. (Dark Tiger, 2009).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Casco Bay (2007).CascoBay1
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Casco Bay – William G. Tapply

Immédiatement après avoir découvert le personnage de Stoney Calhoun dans Dérive sanglante, j’ai enchaîné avec le deuxième volet de la série de William G. Tapply : Casco Bay.

CascoBay1L’action de Casco Bay se situe un peu plus d’un an après celle de Dérive sanglante et rien n’a vraiment changé. Stoney Calhoun habite toujours dans sa cabane en forêt, avec son chien Ralph. Il travaille toujours avec Kate, qu’il aime toujours, et il n’a toujours pas recouvré la mémoire. Il est sorti d’un hôpital 7 ans auparavant et a maintenant 39 ans.
Au début du roman, il accompagne un client à la pêche en mer dans Casco Bay. L’homme, un certain Paul Vecchio, demande à faire une pause. Stoney Calhoun le dépose alors sur une île inhabitée, où il ne tarde pas à découvrir un cadavre carbonisé. Peu de temps après cette sortie en mer, Vecchio est assassiné et retrouvé mort sur la terrasse de Stoney Calhoun…

CarteMaineCette fois, il m’a fallu mettre quelques images sur les aventures de Stoney Calhoun. J’ai d’abord mis la main sur une carte des États-Unis, histoire de situer le Maine. Ça m’a fait penser à un challenge qui consiste à parcourir les 50 États des États-Unis par ses lectures. Et d’un !

Ensuite j’ai cherché des photos de Casco Bay et des forêts du Maine.

Puis j’ai tenu à visualiser la bar rayé de Casco Bay.

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Enfin je me suis demandée à quoi pouvait bien ressembler Ralph, un épagneul breton orange et blanc.

Lecteur est un sacré boulot, croyez-moi ! Je me verrais d’ailleurs bien faire ça à plein temps…

CascoBayLa nouveauté de ce deuxième roman de la série est l’officialisation de la collaboration entre Stoney Calhoun et le shérif Dickman, dont il devient l’adjoint volontaire et bénévole. Il apparaît de plus en plus évident qu’avant son hospitalisation Stoney Calhoun a travaillé dans la police ou l’espionnage. L’homme au costume, qui appartient sans doute à son ancienne vie, continue d’ailleurs de lui rendre visite pour tenter de découvrir si la mémoire lui revient. L’homme semble bienveillant. Pourtant on ne peut s’empêcher de se demander si Stoney Calhoun ne sera pas en danger le jour où tout lui reviendra…

L’intrigue policière de ce deuxième roman m’a paru meilleure que celle du premier. Jusqu’au bout j’ai été dans l’attente de sa résolution, après m’être laissée prendre par les différentes fausses pistes de William G. Tapply. Mais le personnage de Stoney Calhoun m’a cette fois un peu déçue, en trouvant tout à fait légitime qu’un autre personnage ait pu se faire justice lui-même. Il a fallu ce désaccord, pour que je me rende compte qu’il était aussi armé jusqu’aux dents et qu’il n’hésitait pas à accueillir ses visiteurs avec un fusil. Mais voilà, nous sommes dans une fiction, alors je ne peux pas m’empêcher, malgré tout, de le trouver sympathique. C’est pourquoi il faudra que je le retrouve pour la suite et fin de la série…

TAPPLY William G. Casco Bay, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2014, 357 p. (Gray Ghost, 2007).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Dérive sanglante – William G. Tapply

Premier volet des aventures de Stoney Calhoun, Dérive sanglante a été suivi de Casco Bay et Dark Tiger. Malheureusement, son auteur William G. Tapply est mort juste après la parution du 3e volume, laissant sa série policière inachevée. J’ai repéré cette série alors que je cherchais des lectures liées au nature writing. Mes vacances s’achevaient. J’allais devoir retrouver la capitale, reprendre travail et vie sociale. Or je serais bien restée dans une cabane au fond des bois, à laisser s’écouler les heures, faire le vide et attendre que le désir de rejoindre les autres se fasse sentir…

Dans Dérive sanglante, comme dans toute série, nous suivons deux histoires : celle du personnage principal Stoney Calhoun qui s’étendra sur toute la série (et donc ne s’achèvera peut-être pas) et une enquête policière qui se résoudra à la fin de ce 1er volume.

DeriveSanglanteStoney Calhoun est lui-même un mystère. C’est un mystère pour nous lecteurs, mais aussi pour lui-même, car il a partiellement perdu la mémoire. Cinq ans plus tôt, il est sorti d’un hôpital de Virginie, où il a séjourné après avoir été foudroyé. De sa vie d’avant il ne lui reste rien, si ce n’est quelques flashs qu’une enquête criminelle va provoquer. Et puis il y a ces visites mystérieuses d’un homme en costume, qui vient régulièrement prendre de ses nouvelles, mais refuse de répondre à ses questions. Il semble guetter le moment ou Stoney Calhoun recouvrera la mémoire. Pour le moment, Stoney Calhoun a élu domicile dans une forêt du Maine, non loin de Portland. Il s’y est construit une cabane et a trouvé du travail dans une boutique d’articles de pêche. Il vit aussi une histoire d’amour avec Kate, la très jolie patronne de la boutique. Mariée à un homme handicapé par une sclérose en plaques, Kate a tenu à ce que leur relation reste cachée de tous, sauf de son mari. Chaque soir, Stoney Calhoun espère la voir apparaître sur le seuil de sa cabane en robe du soir…

« A l’hôpital, il avait lu les merveilleux récits d’E.B. White sur la vie dans les territoires rocailleux du Maine, et il savait qu’il avait déjà habité cette région, déjà lu ces essais.
Et lorsqu’il avait lu Thoreau, le texte lui était si familier qu’il lui suffisait d’effleurer un passage des yeux pour être à même de le réciter. J’ai gagné les bois, avait écrit Thoreau, parce que je désirais vivre de mon propre chef, ne me confronter qu’aux faits essentiels de l’existence… Je voulais vivre en profondeur et sucer toute la moelle de la vie…« 

DeriveSanglante2Dans ce 1er volume de la série, Stoney Calhoun va devoir résoudre une enquête criminelle. Un homme prétendant s’appeler Green se présente à la boutique pour demander un guide de pêche. Il souhaite qu’on l’accompagne à un étang qui lui a été recommandé. Mais sa tête ne revient pas à Stoney Calhoun, qui décide donc d’appeler son ami Lyle, un étudiant jouant également les guides de pêche à l’occasion. Le soir Lyle ne rentre pas et on ne tarde pas à retrouver son cadavre dans l’étang. Bien sûr Green s’est évanoui dans la nature…

J’ai adoré ce roman. J’ai adoré m’installer dans une cabane au coeur des forêts du Maine avec Stoney Calhoun et son chien Ralph, faire semblant d’y jouer les ermites mais sympathiser en fait avec tous les habitants du coin. L’enquête criminelle m’a paru très secondaire. Je suis sûre que je vais l’oublier très vite. Mais je sais que je n’oublierai pas Stoney Calhoun et que je le retrouverai même très bientôt…

TAPPLY William G. Dérive sanglante, traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni, Gallmeister (Totem), 2012, 301 p. (Bitch Creek, 2004).smiley1

Je dégaine pour la 1ère fois en 4 mois le smiley au grand sourire !

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Autres titres du même auteur : Casco Bay (2007) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Tout ce dont on rêvait – François Roux

Sitôt avoir terminé Le Bonheur national brut de François Roux, j’ai enchaîné avec Tout ce dont on rêvait. Publié trois ans plus tard, ce roman raconte une tout autre histoire, avec d’autres personnages, mais il s’inscrit dans la même démarche, mêlant histoires individuelles et histoire collective.

Tout-ce-dont-on-revaitAlors que Le Bonheur national brut explorait les années 1981-1983 puis 2009-2012, Tout ce dont on rêvait commence en 1993. L’héroïne s’appelle Justine. Née en 1968, elle a 25 ans et est infirmière. La première partie est celle de sa rencontre avec Alex, puis avec son frère Nicolas. S’ensuit un mariage et deux enfants. Là François Roux nous refait le coup de l’ellipse. Nous retrouvons ensuite Justine et Nicolas quand leur fille Adèle a 17 ans. Nous sommes alors probablement en 2012. L’histoire qui suit semble se dérouler jusqu’à nos jours…

J’ai tellement détesté la première partie, que j’ai bien failli alors arrêter ma lecture. Je n’avais même pas l’impression de lire le même auteur. La première partie n’est faite que de clichés, les personnages sont stéréotypés, tout m’a semblé vulgaire. Par la suite, cela s’arrange un peu. Justine, l’héroïne de ce roman, ressemble beaucoup à Paul, le narrateur du Bonheur national brut. Elle partage notamment avec lui son rapport à la famille, portant sur ses parents le même regard sans concessions. Mais alors que c’était encore assez émouvant dans le roman précédent, j’ai cette fois trouvé ce ton amer et revanchard assez déplaisant. La fin m’a vraiment paru horrible. Entre ces deux extrémités détestables, le roman peine à donner du poids à l’histoire collective. Les héros du roman traversent quelques événements que nous avons également connus, comme l’attentat contre Charlie Hebdo, mais cela constitue à peine un décor pour ce qui n’est finalement qu’une histoire de couple. L’histoire du chômage de Nicolas est sans surprise et s’étire en longueur, au point que ce roman trois fois moins long que le précédent m’a paru interminable. Je crois que je m’étais un peu trop emballée pour Le Bonheur national brut. La déception causée par Tout ce dont on rêvait n’en a été que plus vive.

ROUX François. Tout ce dont on rêvait, Le livre de poche, 2019, 283 p. (Albin Michel, 2017).smiley4Le-bonheur-national-brut

 

Du même auteur : Le Bonheur national brut (2014)

Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Le Bonheur national brut – François Roux

J’avais eu envie de lire ce roman de François Roux dès sa sortie en 2014. J’étais au départ attirée par son titre, Le Bonheur national brut, qui fait référence à l’indicateur de richesse que le Bhoutan préfère au PIB : le BNB. Mais comme souvent, j’ai voulu attendre le poche. Un an ou deux après, j’ai de nouveau pensé à ce roman qui n’était toujours pas disponible en poche, pour de très mauvaises raisons. Les mêmes raisons qui m’ont fait acheter Une vie française de Jean-Paul Dubois, que je n’ai toujours pas lu depuis (mais je vais me rattraper). Ces mauvaises raisons n’étaient vraiment pas jolies jolies. J’ose d’ailleurs à peine vous les avouer. Bon allez, je me lance, mais vraiment je n’en suis pas fière. Alors voilà : j’avais décidé de passer un concours qui comporte un oral de culture générale. Je m’étais donc dit : « Plutôt que de lire les ouvrages très sérieux de René Rémond ou de Jean-François Sirinelli, je vais réviser la Ve République à travers des romans ». Celui de François Roux commençait le 10 mai 1981. Il m’apparaissait donc comme un bon moyen de réviser l’histoire de France récente. Finalement, je n’ai lu ni les ouvrages sérieux, ni les romans moins sérieux. Mais j’ai réussi mon concours, car la vie est injuste et la paresse toujours récompensée. Aujourd’hui, non seulement Le Bonheur national brut est disponible en poche, mais son auteur lui a donné une suite, également en poche : Tout ce dont on rêvait. Je me suis procuré les deux. Et alors que je n’ai plus aucun concours en vue, parfaitement désintéressée comme on devrait toujours l’être en attaquant un roman, je suis partie une semaine en vacances avec François Roux. Le hasard a même voulu que je passe ces vacances au bord de la mer, là où le roman commence…

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Le Bonheur national brut commence le 10 mai 1981. Pour les plus nuls et/ou les plus jeunes, je rappelle que ce jour-là François Mitterrand a été élu président de la République. C’était donc un jour de liesse nationale pour la moitié du pays, heureuse de voir la gauche arriver enfin au pouvoir. Mais ce jour-là, Paul ne sentait pas vraiment concerné par l’événement. A 17 ans et 7 mois, il était davantage préoccupé par ses révisions du bac. Paul est le narrateur à la première personne du roman et son personnage principal. Autour de lui gravitent trois autres garçons : Rodolphe, Tanguy et Benoît. Seul Benoît va échouer au bac et décider de rester à Brest, pour s’essayer à la photo. Rodolphe et Tanguy iront à Rennes faire l’un des études de droit, l’autre une prépa commerciale. Quant à Paul, il ira à Paris, entamer les études de médecine que son père aura choisies pour lui, avant de s’autoriser à vivre son homosexualité et de trouver sa propre voie professionnelle. Pendant 375 pages, nous suivons ainsi les deux premières années de la vie d’adulte des 4 garçons. C’est le temps de la jeunesse, de l’espérance, celui où tout paraît possible. En toile de fond ce sont les années 80, ACDC, Bernard Tapie, Véronique et Davina. Toutouyoutou… Puis François Roux nous fait le coup de l’ellipse. Nous retrouvons alors Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît pour 375 pages supplémentaires, de 2009 à 2012. Ils ont alors de 46 à 49 ans. De cette seconde partie qui s’achèvera avec l’élection de François Hollande, je ne peux bien évidemment rien vous dire, si ce n’est qu’elle sera le temps de la maturité, du renoncement et des questionnements existentiels.

« Nous sommes bien sûr les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l’argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avant tout, les enfants du doute et de l’incertitude. »

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Richard Avedon – In the American West

Le bonheur national brut est une grande fresque politique et sociale, qui nous fait vivre 30 ans de notre histoire récente. Suivre quelques personnages publics. Se rappeler qui est vraiment Bernard Tapie, lire ses déclarations de l’époque et être horrifié par son cynisme. Assister aux débuts de Jean-Christophe Cambadélis, le suivre au PS et voir le parti amorcer son déclin.

Le bonheur national brut est également un roman intimiste, très incarné, car François Roux parvient réellement à faire exister ses 4 personnages principaux et à nous donner envie de les suivre pendant 30 ans. Son roman aurait pu s’intituler comme une émission documentaire des années 80 : « Que deviendront-ils ? ». Car c’est bien ce qui se joue dans les premières années post-bac et l’ellipse qui suit. Les 4 garçons vont faire avec leur soif de liberté, le poids des déterminismes et l’époque dans laquelle ils vivent, pour devenir l’un des possibles qui s’offraient à eux. Est-ce que le bonheur annoncé par le titre sera au bout du chemin ?

« D’une manière générale, la vie que je mène n’est pas non plus exactement celle que j’avais imaginée. Je me suis bâti sur des doutes et des erreurs, mais aussi sur d’inutiles espérances. »

Et si Le Bonheur national brut était le roman balzacien du XXIe siècle ? Car c’est un roman classique, tant par la forme que par le style. Mais c’est un roman passionnant et très habile. Je me suis moi-même surprise à apprécier autant cette lecture.

Le Bonheur national brut contenait donc déjà sa propre suite. Mais alors que peut bien nous raconter Tout ce dont on rêvait ? Si j’en crois la quatrième de couverture, c’est une autre histoire, avec d’autres personnages, mais pendant la décennie 1990, c’est-à-dire pendant l’ellipse…

ROUX François. Le Bonheur national brut, Le livre de poche, 2017, 763 p. (Albin Michel, 2014).smiley2Tout-ce-dont-on-revait

 

Du même auteur : Tout ce dont on rêvait (2017)

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois japonais·Polar

Le Dévouement du suspect X – Keigo Higashino

Connu pour son roman La Maison où je suis mort autrefois, Higashino Keigo a inauguré avec Le Dévouement du suspect X une série policière qu’il a poursuivie avec Un café maison puis L’Équation de plein été. L’originalité de cette série provient de la profession d’un des personnages récurrents. En effet, Yukawa a le bon goût de n’être ni policier, ni détective, ni même magistrat, avocat, ou encore médecin légiste, mais physicien.

LeDevouementDuSuspectXIshigami est prof de math. Tous les matins sur le chemin de son lycée, il fait un détour pour acheter son bento chez le traiteur où travaille Yasuko, sa voisine dont il est secrètement amoureux. Le jour où Yasuko tue son ex-mari venu la harceler, Ishigami lui offre son aide pour faire disparaître le cadavre…

Quand l’inspecteur Kusanagi entre en scène, le corps d’un homme a été retrouvé sur une berge, enveloppé dans une bâche de chantier en plastique bleu. L’homme est entièrement nu, son visage a été écrasé et le bout de ses doigts brûlé. Tout laisse donc à penser que son meurtrier voulait éviter qu’on l’identifie. Cela exclut l’hypothèse du crime de hasard et oriente immédiatement vers un proche. De plus, malgré les précautions du coupable, la police n’a aucun mal à identifier la victime. Des appels dans tous les hôtels de l’arrondissement suffisent pour repérer le cas d’un homme qui a disparu du jour au lendemain sans récupérer ses effets personnels. Il n’y a plus alors qu’à comparer les cheveux retrouvés dans la chambre avec ceux du cadavre et à relever l’identité du disparu dans le registre de l’hôtel. C’est ainsi que l’inspecteur Kusanagi en vient rapidement à soupçonner Yasuko, l’ex-femme du mort…

YogishaXNoKenshinCe qui est très amusant dans ce roman, c’est l’enchâssement des enquêtes. Ishigami est le premier enquêteur du roman, puisque dès les premières pages il déduit de quelques indices que sa voisine vient de tuer quelqu’un. Lui offrant son aide, il devient son complice. Puis c’est au tour de l’inspecteur Kusanagi. Non seulement Kusanagi a l’habitude de faire appel à son ami physicien pour résoudre des enquêtes, mais cette fois-ci Yukawa, le physicien, est un ancien camarade de fac d’Ishigami, le prof de math. S’ensuit une double-enquête, celle faite avec les moyens de la police (interrogatoires, analyses, etc.) et celle tout en raisonnement logique du physicien…

« – Tu ne crois pas que tu y accordes trop d’importance ? C’est un génie des mathématiques, mais un débutant en matière de crime.
– C’est la même chose, déclara posément le physicien. Et pour lui, le crime est probablement plus simple. »

Cette série policière est digne des Aventures de Sherlock Holmes, Ishigami et Yukawa partageant l’art de la déduction de Holmes. Seule la fin du roman ne m’a pas vraiment convaincue. Les explications finales sont données à plusieurs reprises par différents personnages, de manière inutilement appuyée. La fin est donc décevante par sa forme, mais aussi par un inutile retour à l’ordre moral, qui en fait un polar un peu daté. Dommage ! Mais je vous le recommande tout de même…

Si vous êtes allergique aux maths, inutile de vous priver de cette lecture, il n’y en a pas tant que ça. Mais si au contraire vous ne détestez pas le raisonnement mathématique, régalez-vous !

Histoire d’entendre un peu de japonais, voici pour finir la bande-annonce de l’adaptation ciné du roman.

HIGASHINO Keigo. Le Dévouement du suspect X, traduit du japonais par Sophie Refle, Babel noir, 2018, 313 p. (Yogisha X no Kenshin, 2005).smiley2UnMoisAuJapon2

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois japonais·Polar

Six-quatre – Hidéo Yokoyama

C’est avec un polar japonais que j’avais voulu débuter ma participation au Mois japonais organisé par Lou et Hilde.  Je l’ai commencé fin mars. Trois semaines plus tard, alors que je n’en suis qu’à la page 192 sur 679, je jette l’éponge. Depuis que je l’ai commencé, j’ai saisi plusieurs occasions de lire autre chose : deux lectures pour le Mois japonais (un manga et un Amélie Nothomb se déroulant au Japon) et tous les journaux gratuits qu’on a bien voulu mettre entre mes mains. J’ai promené mon gros polar japonais tous les jours, le laissant généralement fermé ou ne l’ouvrant qu’au prix d’un gros effort. Au bout de 192 pages, je n’en peux plus et déclare forfait.

Six-quatreSixième roman de Hidéo Yokoyama, ancien journaliste d’investigation, Six-quatre est le premier traduit en français. Le roman commence à la morgue. Une jeune fille vient de suicider en se jetant à l’eau. Mikami et sa femme Minako ont été convoqués pour identifier le corps de leur fille adolescente. Heureusement pour eux, ce n’est pas Ayumi, en fugue depuis 3 mois. C’est donc sur le terrain de la vie privée, que l’on fait connaissance avec le commissaire Yoshinobu Mikami, Directeur des Relations avec la presse dans un grand commissariat de province.

Le six-quatre est le nom de code d’une affaire vieille de 14 ans (6-4 comme la 64e année du règne de l’empereur Shôwa, mort cette année-là). La petite Shôko, 7 ans, avait été kidnappée pour une rançon de vingt millions de yens. Elle avait finalement été retrouvée morte, la rançon envolée. Le kidnappeur n’avait pas été identifié. A l’époque, Mikami faisait partie de l’équipe de filature rapprochée qui avait suivi le père de l’enfant, alors qu’il se rendait à l’endroit où l’argent devait être remis. L’affaire resurgit soudain 14 ans après, car un haut responsable de la police demande à être reçu dans la maison de Shôko pour une cérémonie. Mikami est chargé d’arranger ça avec la famille…

« Cinquante-quatre ans. On ne les lui aurait jamais donnés. Cheveux entièrement blanchis et négligés. Visage terreux. Joues maladivement creusées, front et dessous des yeux comme entaillés au couteau. Le visage d’un homme dont la fille a été assassinée. Sur lequel sont appliqués tels quels chagrin et souffrance. Mikami ne pouvait le décrire autrement. »

RokuyonEn parallèle de l’enquête sur l’affaire 6-4 qui, à la 192e page, peine toujours à redémarrer, il ne nous est rien épargné des relations du commissaire avec la presse. L’auteur s’inspire probablement de ce qu’il a connu quand il était lui-même journaliste et il s’est aussi beaucoup documenté. Il connaît par exemple très bien les états d’âme des policiers par rapport à leur évolution de carrière. Aucun personnage ne peut apparaître sans qu’on ait droit à tous ses états de service. Yokoyama m’a vraiment donné l’impression de tirer à la ligne. Il m’a ennuyée à un point que je ne croyais pas possible, surtout dans la littérature de genre. Bref, je ne saurai jamais qui avait enlevé et tué la petite Shôko, mais je ne suis pas sûre que je l’aurais su même en lisant 500 pages de plus. Ça n’est même pas un mauvais livre. Il n’est pas mal écrit, ne véhicule pas des idées détestables… C’est juste un roman inintéressant. Mais l’honnêteté m’oblige tout de même à préciser que vous trouverez des critiques très élogieuses ici ou .

YOKOYAMA Hidéo. Six-quatre, traduit du japonais par Jacques Lalloz, J’ai lu, 2018, 679 p. (Rokuyon, 2012).smiley4

Six-Quatre et biscuits Muji
Ces biscuits Muji sont aussi mauvais que le roman qu’ils ont accompagné. Je ne finirai ni le roman, ni le paquet de biscuits.

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