Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle

Mon désir le plus ardent – Pete Fromm

Après Dans la forêt de Jean Hegland, je poursuis mon voyage au coeur des espaces naturels américains avec Mon désir le plus ardent, dernier roman en date de Pete Fromm, connu pour des récits de nature writing (Indian Creek, Le nom des étoiles), des recueils de nouvelles (Chinook, Avant la nuit…) et des romans (Comment tout a commencé, Lucy in the sky…).

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Parc national de Grand Teton, Wyoming

MonDesirLePlusArdentMaddy et Dalton se rencontrent lors d’une fête organisée pour l’ouverture de la saison de rafting. Ils son tous les deux passeurs, c’est-à-dire guides de rafting, et ont 22 ans chacun. Ils se plaisent, s’attirent, s’aiment, et rapidement envisagent de passer leur vie ensemble. Ils se marient donc sur les berges de la Buffalo Fork dans le Wyoming, puis déménagent dans l’Oregon pour y créer leur propre entreprise de rafting et y fonder une famille. Mais la grossesse espérée se fait attendre et les premiers symptômes apparaissent. Maddy trébuche, perd l’équilibre, tremble. Le diagnostic tombe : Maddy est atteinte de sclérose en plaques…

Ca y est c’est officiel : je n’ai pas de coeur. Ce roman au sujet si émouvant m’a laissée totalement indifférente.  Je me suis copieusement ennuyée, sans doute parce que Pete Fromm traite son sujet avec application de manière totalement prévisible. Il le fait sans style, avec une surabondance de dialogues. Seule la construction a (vaguement) retenu mon attention. A chaque nouveau chapitre, nous faisons un bond dans le temps. Mais hélas Pete Fromm ne fait pas assez confiance à son lecteur. Au lieu de le laisser imaginer ce qui s’est passé entretemps, il le lui raconte, détruisant ainsi les maigres effets de ses petites ellipses. Je n’ai pas abandonné ma lecture, mais j’ai sauté des paragraphes, puis des pages entières, sans jamais parvenir à me raccrocher à quoi que ce soit d’un tant soit peu intéressant. Un flop !

J’avais pourtant bien envie de lire Indian Creek. Maintenant je me demande si ça vaut le coup…

FROMM Pete. Mon désir le plus ardent, traduit de l’américain par Juliane Nivelt, Gallmeister (Totem), 2019, 283 p. (If Not for This, 2014).
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois anglais·Polar

Te laisser partir – Clare Mackintosh

Pour le Mois anglais, je sors un polar de ma pile : Te laisser partir de Clare Mackintosh. A la fin du roman, une note de l’auteur nous apprend qu’elle a été policière à Oxford, semble-t-il pendant une dizaine d’années, et a eu à ses débuts à s’occuper de l’affaire d’un petit garçon tué par un chauffard. Dans la même note, elle confie avoir perdu son fils dans des circonstances très différentes. Ses deux événements seraient à l’origine de Te laisser partir, son premier roman. Depuis elle en a publié un deuxième : Je te vois.

TeLaisserPartirDe retour de l’école, un petit garçon de cinq ans est renversé par une voiture sous le regard impuissant de sa mère. C’était un soir de pluie à Bristol. L’enfant traversait la rue juste devant chez lui. Le chauffard a pris la fuite, personne n’a rien vu et l’enquête de police tourne court.
Peu après l’accident, Jenna quitte Bristol. Elle prend un car un peu au hasard. Il la dépose à Swansea, une ville côtière du Pays de Galles. De là, toujours au hasard, elle gagne un village du nom de Penfach. Le camping est fermé mais on lui indique un cottage en location. Elle s’y installe. Hantée par les images de l’accident, elle tente tant bien que mal de recommencer sa vie à zéro…
Mais un an après la mort du petit Jacob, alors que l’affaire est officiellement classée, deux enquêteurs lancent l’appel à témoins de la dernière chance… 

« Le silence tombe sur le prétoire et le juge me fixe froidement. J’éprouve l’envie absurde de lui dire que je ne suis pas comme les accusés qu’il a l’habitude de voir défiler dans son tribunal. Que j’ai grandi dans une maison comme la sienne et que je suis allée à l’université ; que j’ai organisé des dîners chez moi ; que j’ai eu des amis. Que j’étais autrefois sûre de moi et extravertie. Que je n’avais jamais enfreint la loi jusqu’à l’année dernière et que ce fut une terrible erreur. Mais son regard est indifférent et je sais qu’il se moque de savoir qui je suis ou combien de dîners j’ai organisés. »

ILetYouGoTe laisser partir est à la fois un thriller psychologique et un roman d’enquête policière. Il est même construit en partie dans cette alternance : un chapitre sur deux nous suivons l’enquête de police et un chapitre sur deux nous avons le récit à la 1ère et à la 2e personnes de l’un des protagonistes de l’affaire. Un seul personnage assume ce rôle de narrateur dans la 1ère partie du roman, mais un autre apparaît dans la seconde. Ce nouveau narrateur est très inquiétant, car sa voix est celle d’un serial killer. Calculateur, ne pensant qu’à disposer des autres à sa guise, il a tout du psychopathe. C’est lui qui fait basculer le roman du côté du thriller.

Te laisser partir est un polar millimétré. Tout est en place pour prendre au piège le lecteur, l’empêcher de poser son livre avant d’avoir eu le fin de mot de l’histoire, mais aussi pour le tromper, le manipuler, le laisser s’égarer dans de fausses pistes. Très habile dans sa capacité à susciter l’empathie du lecteur, Clare Mackintosh sait donner de l’épaisseur à chacun de ses personnages. Elle sait aussi faire exister les lieux et nous donner à rêver d’un cottage miteux dans un paysage de carte postale, où pendant quelques chapitres le roman penche même un peu du côté de la romance.PaysDeGalles

J’ai aimé le début, la plongée dans l’enquête policière et la nouvelle vie de l’héroïne (l’endroit où elle va s’installer et le nouveau métier qu’elle s’invente ne sont pas sans charme). J’ai adoré la fin de la première partie et le début de la seconde, quand les cartes sont rebattues. Puis l’évolution du roman vers un thriller assez classique m’a moins enthousiasmée. Je n’avais pas très envie de faire semblant d’avoir peur pour l’héroïne qui s’en sortirait forcément à la fin. Alors j’ai poursuivi ma lecture avec moins de passion vers l’inévitable heureux dénouement. Cela reste un polar bien ficelé, avec une multitude de points de vue, ce qui lui donne tout de même une certaine originalité. Il n’est donc pas impossible que je me procure un jour un autre roman de Clare Mackintosh…

MACKINTOSH Clare. Te laisser partir, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Mathieu Bathol, Le livre de poche, 2018, 507 p. (I let you go, 2014).
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Dark Tiger – William G. Tapply

A quoi bon lire autre chose ? Je suis si bien dans les forêts du Maine. Après Dérive sanglante et Casco Bay, j’enchaîne donc avec le troisième et malheureusement dernier volet des aventures de Stoney Calhoun : Dark Tiger.

DarkTigerLe début de ce troisième roman est vraiment très habile. D’abord Stoney Calhoun apprend que le bail de la boutique d’articles de pêche qu’il tient avec Kate ne va pas être renouvelé. Ensuite, alors qu’il s’apprête à apprendre la mauvaise nouvelle à Kate, celle-ci revient de la maison médicalisée où est soigné son mari atteint de sclérose en plaques avec une autre mauvaise nouvelle : l’assurance ne va plus prendre en charge les frais médicaux de son mari, ce qui la laisse sans aucune solution. Puis l’homme au costume réapparaît. Cet homme, qui appartient à l’ancienne vie de Stoney Calhoun, lui rend visite régulièrement pour savoir s’il a commencé à recouvrer la mémoire. Cette fois il reprend contact dans un tout autre but. Il a une mission à confier à Stoney Calhoun. Le pensionnaire d’un hôtel de luxe pour passionnés de pêche a été assassiné. C’était un agent d’un service de renseignement qui avait certainement découvert des informations importantes. L’homme au costume demande donc à Stoney Calhoun de se faire engager dans cet hôtel en tant que guide de pêche remplaçant pendant 6 semaines. S’il accepte cette mission, les deux catastrophes annoncées n’auront pas lieu : le bail de la boutique sera renouvelé et l’assurance continuera de prendre en charge les frais médicaux de Walter. Ces deux mauvaises nouvelles étaient en fait pour l’homme au costume le moyen de démontrer l’étendue de son pouvoir et de contraindre Stoney Calhoun à reprendre du service…

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L’intrigue de ce 3e roman est assez amusante car elle rappelle les romans policiers à énigme à la manière d’Agatha Christie. Stoney Calhoun se retrouve dans un hôtel au bord d’un lac, où se côtoient des pêcheurs et des guides de pêche. Dans ce monde clos, les meurtres vont se succéder faisant de tous les occupants de l’hôtel des coupables potentiels. Dès son arrivée, Stoney Calhoun occupe une place à part dans l’hôtel, en devenant le confident de tout le monde. Bien sûr il est aussi victime de quelques tentatives d’assassinat, mais la chance est toujours avec lui. Même les méchants n’arrivent pas à passer pour réellement méchants. Ils sont pourtant impliqués dans des projets criminels particulièrement horribles, mais William G. Tapply les réduit au rôle de simples trafiquants uniquement intéressés par l’argent. Tout m’a semblé édulcoré dans ce roman. Mais je l’ai lu avec autant de plaisir que les précédents. Sans doute que j’avais besoin de ça. Une lecture simple, avec des personnages sympathiques qui entretiennent des relations idylliques entre eux et une complicité sans faille avec leur chien. Un genre de feel good book (genre que je fuis habituellement), mais un feel good book sincère et non formaté. Un roman sans prétention, plaisant comme une balade dans les forêts du Maine.

DarkTiger1Voilà, c’est fini. William G. Tapply est mort en 2009, peu après la parution aux États-Unis du troisième tome de sa série policière. Il n’y aura donc pas de suite. Mais peut-être qu’un jour les nombreux autres romans de William G. Tapply seront traduits en français ?

TAPPLY William G. Dark Tiger, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2015, 307 p. (Dark Tiger, 2009).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Casco Bay (2007).CascoBay1
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Casco Bay – William G. Tapply

Immédiatement après avoir découvert le personnage de Stoney Calhoun dans Dérive sanglante, j’ai enchaîné avec le deuxième volet de la série de William G. Tapply : Casco Bay.

CascoBay1L’action de Casco Bay se situe un peu plus d’un an après celle de Dérive sanglante et rien n’a vraiment changé. Stoney Calhoun habite toujours dans sa cabane en forêt, avec son chien Ralph. Il travaille toujours avec Kate, qu’il aime toujours, et il n’a toujours pas recouvré la mémoire. Il est sorti d’un hôpital 7 ans auparavant et a maintenant 39 ans.
Au début du roman, il accompagne un client à la pêche en mer dans Casco Bay. L’homme, un certain Paul Vecchio, demande à faire une pause. Stoney Calhoun le dépose alors sur une île inhabitée, où il ne tarde pas à découvrir un cadavre carbonisé. Peu de temps après cette sortie en mer, Vecchio est assassiné et retrouvé mort sur la terrasse de Stoney Calhoun…

CarteMaineCette fois, il m’a fallu mettre quelques images sur les aventures de Stoney Calhoun. J’ai d’abord mis la main sur une carte des États-Unis, histoire de situer le Maine. Ça m’a fait penser à un challenge qui consiste à parcourir les 50 États des États-Unis par ses lectures. Et d’un !

Ensuite j’ai cherché des photos de Casco Bay et des forêts du Maine.

Puis j’ai tenu à visualiser la bar rayé de Casco Bay.

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Enfin je me suis demandée à quoi pouvait bien ressembler Ralph, un épagneul breton orange et blanc.

Lecteur est un sacré boulot, croyez-moi ! Je me verrais d’ailleurs bien faire ça à plein temps…

CascoBayLa nouveauté de ce deuxième roman de la série est l’officialisation de la collaboration entre Stoney Calhoun et le shérif Dickman, dont il devient l’adjoint volontaire et bénévole. Il apparaît de plus en plus évident qu’avant son hospitalisation Stoney Calhoun a travaillé dans la police ou l’espionnage. L’homme au costume, qui appartient sans doute à son ancienne vie, continue d’ailleurs de lui rendre visite pour tenter de découvrir si la mémoire lui revient. L’homme semble bienveillant. Pourtant on ne peut s’empêcher de se demander si Stoney Calhoun ne sera pas en danger le jour où tout lui reviendra…

L’intrigue policière de ce deuxième roman m’a paru meilleure que celle du premier. Jusqu’au bout j’ai été dans l’attente de sa résolution, après m’être laissée prendre par les différentes fausses pistes de William G. Tapply. Mais le personnage de Stoney Calhoun m’a cette fois un peu déçue, en trouvant tout à fait légitime qu’un autre personnage ait pu se faire justice lui-même. Il a fallu ce désaccord, pour que je me rende compte qu’il était aussi armé jusqu’aux dents et qu’il n’hésitait pas à accueillir ses visiteurs avec un fusil. Mais voilà, nous sommes dans une fiction, alors je ne peux pas m’empêcher, malgré tout, de le trouver sympathique. C’est pourquoi il faudra que je le retrouve pour la suite et fin de la série…

TAPPLY William G. Casco Bay, traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister (Totem), 2014, 357 p. (Gray Ghost, 2007).
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Du même auteur : Dérive sanglante (2004) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Dérive sanglante – William G. Tapply

Premier volet des aventures de Stoney Calhoun, Dérive sanglante a été suivi de Casco Bay et Dark Tiger. Malheureusement, son auteur William G. Tapply est mort juste après la parution du 3e volume, laissant sa série policière inachevée. J’ai repéré cette série alors que je cherchais des lectures liées au nature writing. Mes vacances s’achevaient. J’allais devoir retrouver la capitale, reprendre travail et vie sociale. Or je serais bien restée dans une cabane au fond des bois, à laisser s’écouler les heures, faire le vide et attendre que le désir de rejoindre les autres se fasse sentir…

Dans Dérive sanglante, comme dans toute série, nous suivons deux histoires : celle du personnage principal Stoney Calhoun qui s’étendra sur toute la série (et donc ne s’achèvera peut-être pas) et une enquête policière qui se résoudra à la fin de ce 1er volume.

DeriveSanglanteStoney Calhoun est lui-même un mystère. C’est un mystère pour nous lecteurs, mais aussi pour lui-même, car il a partiellement perdu la mémoire. Cinq ans plus tôt, il est sorti d’un hôpital de Virginie, où il a séjourné après avoir été foudroyé. De sa vie d’avant il ne lui reste rien, si ce n’est quelques flashs qu’une enquête criminelle va provoquer. Et puis il y a ces visites mystérieuses d’un homme en costume, qui vient régulièrement prendre de ses nouvelles, mais refuse de répondre à ses questions. Il semble guetter le moment ou Stoney Calhoun recouvrera la mémoire. Pour le moment, Stoney Calhoun a élu domicile dans une forêt du Maine, non loin de Portland. Il s’y est construit une cabane et a trouvé du travail dans une boutique d’articles de pêche. Il vit aussi une histoire d’amour avec Kate, la très jolie patronne de la boutique. Mariée à un homme handicapé par une sclérose en plaques, Kate a tenu à ce que leur relation reste cachée de tous, sauf de son mari. Chaque soir, Stoney Calhoun espère la voir apparaître sur le seuil de sa cabane en robe du soir…

« A l’hôpital, il avait lu les merveilleux récits d’E.B. White sur la vie dans les territoires rocailleux du Maine, et il savait qu’il avait déjà habité cette région, déjà lu ces essais.
Et lorsqu’il avait lu Thoreau, le texte lui était si familier qu’il lui suffisait d’effleurer un passage des yeux pour être à même de le réciter. J’ai gagné les bois, avait écrit Thoreau, parce que je désirais vivre de mon propre chef, ne me confronter qu’aux faits essentiels de l’existence… Je voulais vivre en profondeur et sucer toute la moelle de la vie…« 

DeriveSanglante2Dans ce 1er volume de la série, Stoney Calhoun va devoir résoudre une enquête criminelle. Un homme prétendant s’appeler Green se présente à la boutique pour demander un guide de pêche. Il souhaite qu’on l’accompagne à un étang qui lui a été recommandé. Mais sa tête ne revient pas à Stoney Calhoun, qui décide donc d’appeler son ami Lyle, un étudiant jouant également les guides de pêche à l’occasion. Le soir Lyle ne rentre pas et on ne tarde pas à retrouver son cadavre dans l’étang. Bien sûr Green s’est évanoui dans la nature…

J’ai adoré ce roman. J’ai adoré m’installer dans une cabane au coeur des forêts du Maine avec Stoney Calhoun et son chien Ralph, faire semblant d’y jouer les ermites mais sympathiser en fait avec tous les habitants du coin. L’enquête criminelle m’a paru très secondaire. Je suis sûre que je vais l’oublier très vite. Mais je sais que je n’oublierai pas Stoney Calhoun et que je le retrouverai même très bientôt…

TAPPLY William G. Dérive sanglante, traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni, Gallmeister (Totem), 2012, 301 p. (Bitch Creek, 2004).smiley1

Je dégaine pour la 1ère fois en 4 mois le smiley au grand sourire !

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Autres titres du même auteur : Casco Bay (2007) et Dark Tiger (2009)DarkTiger
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Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Tout ce dont on rêvait – François Roux

Sitôt avoir terminé Le Bonheur national brut de François Roux, j’ai enchaîné avec Tout ce dont on rêvait. Publié trois ans plus tard, ce roman raconte une tout autre histoire, avec d’autres personnages, mais il s’inscrit dans la même démarche, mêlant histoires individuelles et histoire collective.

Tout-ce-dont-on-revaitAlors que Le Bonheur national brut explorait les années 1981-1983 puis 2009-2012, Tout ce dont on rêvait commence en 1993. L’héroïne s’appelle Justine. Née en 1968, elle a 25 ans et est infirmière. La première partie est celle de sa rencontre avec Alex, puis avec son frère Nicolas. S’ensuit un mariage et deux enfants. Là François Roux nous refait le coup de l’ellipse. Nous retrouvons ensuite Justine et Nicolas quand leur fille Adèle a 17 ans. Nous sommes alors probablement en 2012. L’histoire qui suit semble se dérouler jusqu’à nos jours…

J’ai tellement détesté la première partie, que j’ai bien failli alors arrêter ma lecture. Je n’avais même pas l’impression de lire le même auteur. La première partie n’est faite que de clichés, les personnages sont stéréotypés, tout m’a semblé vulgaire. Par la suite, cela s’arrange un peu. Justine, l’héroïne de ce roman, ressemble beaucoup à Paul, le narrateur du Bonheur national brut. Elle partage notamment avec lui son rapport à la famille, portant sur ses parents le même regard sans concessions. Mais alors que c’était encore assez émouvant dans le roman précédent, j’ai cette fois trouvé ce ton amer et revanchard assez déplaisant. La fin m’a vraiment paru horrible. Entre ces deux extrémités détestables, le roman peine à donner du poids à l’histoire collective. Les héros du roman traversent quelques événements que nous avons également connus, comme l’attentat contre Charlie Hebdo, mais cela constitue à peine un décor pour ce qui n’est finalement qu’une histoire de couple. L’histoire du chômage de Nicolas est sans surprise et s’étire en longueur, au point que ce roman trois fois moins long que le précédent m’a paru interminable. Je crois que je m’étais un peu trop emballée pour Le Bonheur national brut. La déception causée par Tout ce dont on rêvait n’en a été que plus vive.

ROUX François. Tout ce dont on rêvait, Le livre de poche, 2019, 283 p. (Albin Michel, 2017).smiley4Le-bonheur-national-brut

 

Du même auteur : Le Bonheur national brut (2014)

Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Le Bonheur national brut – François Roux

J’avais eu envie de lire ce roman de François Roux dès sa sortie en 2014. J’étais au départ attirée par son titre, Le Bonheur national brut, qui fait référence à l’indicateur de richesse que le Bhoutan préfère au PIB : le BNB. Mais comme souvent, j’ai voulu attendre le poche. Un an ou deux après, j’ai de nouveau pensé à ce roman qui n’était toujours pas disponible en poche, pour de très mauvaises raisons. Les mêmes raisons qui m’ont fait acheter Une vie française de Jean-Paul Dubois, que je n’ai toujours pas lu depuis (mais je vais me rattraper). Ces mauvaises raisons n’étaient vraiment pas jolies jolies. J’ose d’ailleurs à peine vous les avouer. Bon allez, je me lance, mais vraiment je n’en suis pas fière. Alors voilà : j’avais décidé de passer un concours qui comporte un oral de culture générale. Je m’étais donc dit : « Plutôt que de lire les ouvrages très sérieux de René Rémond ou de Jean-François Sirinelli, je vais réviser la Ve République à travers des romans ». Celui de François Roux commençait le 10 mai 1981. Il m’apparaissait donc comme un bon moyen de réviser l’histoire de France récente. Finalement, je n’ai lu ni les ouvrages sérieux, ni les romans moins sérieux. Mais j’ai réussi mon concours, car la vie est injuste et la paresse toujours récompensée. Aujourd’hui, non seulement Le Bonheur national brut est disponible en poche, mais son auteur lui a donné une suite, également en poche : Tout ce dont on rêvait. Je me suis procuré les deux. Et alors que je n’ai plus aucun concours en vue, parfaitement désintéressée comme on devrait toujours l’être en attaquant un roman, je suis partie une semaine en vacances avec François Roux. Le hasard a même voulu que je passe ces vacances au bord de la mer, là où le roman commence…

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Le Bonheur national brut commence le 10 mai 1981. Pour les plus nuls et/ou les plus jeunes, je rappelle que ce jour-là François Mitterrand a été élu président de la République. C’était donc un jour de liesse nationale pour la moitié du pays, heureuse de voir la gauche arriver enfin au pouvoir. Mais ce jour-là, Paul ne sentait pas vraiment concerné par l’événement. A 17 ans et 7 mois, il était davantage préoccupé par ses révisions du bac. Paul est le narrateur à la première personne du roman et son personnage principal. Autour de lui gravitent trois autres garçons : Rodolphe, Tanguy et Benoît. Seul Benoît va échouer au bac et décider de rester à Brest, pour s’essayer à la photo. Rodolphe et Tanguy iront à Rennes faire l’un des études de droit, l’autre une prépa commerciale. Quant à Paul, il ira à Paris, entamer les études de médecine que son père aura choisies pour lui, avant de s’autoriser à vivre son homosexualité et de trouver sa propre voie professionnelle. Pendant 375 pages, nous suivons ainsi les deux premières années de la vie d’adulte des 4 garçons. C’est le temps de la jeunesse, de l’espérance, celui où tout paraît possible. En toile de fond ce sont les années 80, ACDC, Bernard Tapie, Véronique et Davina. Toutouyoutou… Puis François Roux nous fait le coup de l’ellipse. Nous retrouvons alors Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît pour 375 pages supplémentaires, de 2009 à 2012. Ils ont alors de 46 à 49 ans. De cette seconde partie qui s’achèvera avec l’élection de François Hollande, je ne peux bien évidemment rien vous dire, si ce n’est qu’elle sera le temps de la maturité, du renoncement et des questionnements existentiels.

« Nous sommes bien sûr les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l’argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avant tout, les enfants du doute et de l’incertitude. »

AvedonInTheAmericanWest
Richard Avedon – In the American West

Le bonheur national brut est une grande fresque politique et sociale, qui nous fait vivre 30 ans de notre histoire récente. Suivre quelques personnages publics. Se rappeler qui est vraiment Bernard Tapie, lire ses déclarations de l’époque et être horrifié par son cynisme. Assister aux débuts de Jean-Christophe Cambadélis, le suivre au PS et voir le parti amorcer son déclin.

Le bonheur national brut est également un roman intimiste, très incarné, car François Roux parvient réellement à faire exister ses 4 personnages principaux et à nous donner envie de les suivre pendant 30 ans. Son roman aurait pu s’intituler comme une émission documentaire des années 80 : « Que deviendront-ils ? ». Car c’est bien ce qui se joue dans les premières années post-bac et l’ellipse qui suit. Les 4 garçons vont faire avec leur soif de liberté, le poids des déterminismes et l’époque dans laquelle ils vivent, pour devenir l’un des possibles qui s’offraient à eux. Est-ce que le bonheur annoncé par le titre sera au bout du chemin ?

« D’une manière générale, la vie que je mène n’est pas non plus exactement celle que j’avais imaginée. Je me suis bâti sur des doutes et des erreurs, mais aussi sur d’inutiles espérances. »

Et si Le Bonheur national brut était le roman balzacien du XXIe siècle ? Car c’est un roman classique, tant par la forme que par le style. Mais c’est un roman passionnant et très habile. Je me suis moi-même surprise à apprécier autant cette lecture.

Le Bonheur national brut contenait donc déjà sa propre suite. Mais alors que peut bien nous raconter Tout ce dont on rêvait ? Si j’en crois la quatrième de couverture, c’est une autre histoire, avec d’autres personnages, mais pendant la décennie 1990, c’est-à-dire pendant l’ellipse…

ROUX François. Le Bonheur national brut, Le livre de poche, 2017, 763 p. (Albin Michel, 2014).smiley2Tout-ce-dont-on-revait

 

Du même auteur : Tout ce dont on rêvait (2017)