Challenge Polars et thrillers·Polar

Challenge Polars et thrillers

Grâce à Sharon, je suis maintenant engagée dans un challenge qui va m’accompagner toute l’année. C’est très simple, entre le 10 juillet 2019 et le 10 juillet 2020, nous allons lire des polars. Suivant le nombre livres lus, nous validerons l’une ou l’autre des catégories prévues par Sharon :

  • jusqu’à cinq livres lus : Imogène.
  • de cinq à quinze livres lus : Montalbano. 
  • de quinze à vingt-cinq livres lus : Miss Marple. 
  • de vingt-cinq à cinquante livres lus : Erlendur Sveinsson.
  • de cinquante à soixante-quinze livres lus : commissaire Jules Maigret.
  • de soixante-quinze à cent livres lus : Walt Longmire.
  • plus de cent livres lus : Sherlock Holmes.
  • plus de deux cents livres lus : Lucky Sherlock !!!

Officiellement je me suis inscrite au niveau Montalbano, mais en secret je vais essayer de devenir Miss Marple…

Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle

Mon désir le plus ardent – Pete Fromm

Après Dans la forêt de Jean Hegland, je poursuis mon voyage au coeur des espaces naturels américains avec Mon désir le plus ardent, dernier roman en date de Pete Fromm, connu pour des récits de nature writing (Indian Creek, Le nom des étoiles), des recueils de nouvelles (Chinook, Avant la nuit…) et des romans (Comment tout a commencé, Lucy in the sky…).

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Parc national de Grand Teton, Wyoming

MonDesirLePlusArdentMaddy et Dalton se rencontrent lors d’une fête organisée pour l’ouverture de la saison de rafting. Ils son tous les deux passeurs, c’est-à-dire guides de rafting, et ont 22 ans chacun. Ils se plaisent, s’attirent, s’aiment, et rapidement envisagent de passer leur vie ensemble. Ils se marient donc sur les berges de la Buffalo Fork dans le Wyoming, puis déménagent dans l’Oregon pour y créer leur propre entreprise de rafting et y fonder une famille. Mais la grossesse espérée se fait attendre et les premiers symptômes apparaissent. Maddy trébuche, perd l’équilibre, tremble. Le diagnostic tombe : Maddy est atteinte de sclérose en plaques…

Ca y est c’est officiel : je n’ai pas de coeur. Ce roman au sujet si émouvant m’a laissée totalement indifférente.  Je me suis copieusement ennuyée, sans doute parce que Pete Fromm traite son sujet avec application de manière totalement prévisible. Il le fait sans style, avec une surabondance de dialogues. Seule la construction a (vaguement) retenu mon attention. A chaque nouveau chapitre, nous faisons un bond dans le temps. Mais hélas Pete Fromm ne fait pas assez confiance à son lecteur. Au lieu de le laisser imaginer ce qui s’est passé entretemps, il le lui raconte, détruisant ainsi les maigres effets de ses petites ellipses. Je n’ai pas abandonné ma lecture, mais j’ai sauté des paragraphes, puis des pages entières, sans jamais parvenir à me raccrocher à quoi que ce soit d’un tant soit peu intéressant. Un flop !

J’avais pourtant bien envie de lire Indian Creek. Maintenant je me demande si ça vaut le coup…

FROMM Pete. Mon désir le plus ardent, traduit de l’américain par Juliane Nivelt, Gallmeister (Totem), 2019, 283 p. (If Not for This, 2014).
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Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·SFFF

Dans la forêt – Jean Hegland

Une envie de nature, de grands espaces, m’a amenée à me tourner vers les éditions Gallmeister. Je me suis constitué une petite pile à lire de la collection Totem aux jolies couvertures. Je l’entame avec Dans la forêt, roman qui a semble-t-il rencontré un grand succès en France ces deux dernières années. C’est pourtant un roman publié en 1996 aux États-Unis, un premier roman traduit en français 20 ans après.

DansLaForetNell et Eva, deux soeurs de 17 et 18 ans, vivent en Californie dans la maison où elles ont grandi, au coeur de la forêt. Une catastrophe écologico-politique dont on ne sait rien les a petit à petit coupées du monde. Les services et les commerces de la ville voisine ont fermé. Il n’y a plus eu de ravitaillement, plus d’électricité, plus d’essence…. Des maladies nouvelles ont décimé la population. Leur mère était morte du cancer peu avant la catastrophe. Leur père meurt un peu plus tard par accident en coupant du bois. Le jour de Noël, les deux soeurs restées seules s’échangent des cadeaux. Nell a réussi à réparer deux chaussons de danse, pour Eva la danseuse. Eva a retrouvé un cahier tout neuf tombé derrière sa commode. Elle l’offre à Nell qui commence alors à écrire le journal que nous lisons…

« C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ? »

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Forêt de Redwood

Comment un roman aussi épatant a-t-il pu nous échapper pendant 20 ans ? Remercions Gallmeister pour cette trouvaille. Dans la forêt nous arrive au bon moment. Probablement à cause du réchauffement climatique, de la certitude qui nous gagne petit à petit qu’il s’agit d’une véritable urgence, nous sommes particulièrement réceptifs aux oeuvres post-apocalyptiques. Ce sont les robinsonnades d’aujourd’hui. Alors que les grands voyages en bateau se font plus rares, nous ne nous rêvons plus échoués sur une île déserte, mais seuls rescapés d’une grande catastrophe qui nous amènerait à lutter pour notre survie dans notre environnement habituel.

« Bien sûr ce genre de choses arrive tout le temps. J’ai suffisamment étudié l’histoire pour le comprendre. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et réfugiés, luttant pour trouver à manger, pour se défendre de la famine et des maladies et des maraudeurs tandis que les herbes folles poussent à travers les planchers des palais et que les temples tombent en ruine. Regardez Rome, Babylone, la Crète, l’Égypte, regardez les Incas ou les Indiens d’Amérique. »

IntoTheForestDans le roman de Jean Hegland, les deux soeurs s’en sortent mieux que les autres parce qu’elles ne vivent pas en ville. Protégées des nouvelles maladies par leur isolement, elles vivent en autarcie en élevant des poules, cultivant des légumes, faisant des conserves… Leurs parents ne jetaient rien. Chaque objet qui aurait mérité de passer à la poubelle avant la catastrophe s’est transformé en trésor. Elles essaient d’en tirer partie comme Robinson exploite tout ce que la mer veut bien rejeter sur le rivage. A travers l’histoire des deux soeurs, le roman semble dénoncer le gaspillage qui est le nôtre et militer pour une vie plus frugale et plus proche de la nature. C’est aussi un éloge de la curiosité et de l’imagination. Nell relit indéfiniment les mêmes romans et déguste l’encyclopédie en lisant ses articles dans l’ordre alphabétique. Quant à Eva, elle passe ses journées à danser sur une musique qui n’est plus qu’intérieure.

On plonge tout entier dans ce roman dès les premières pages. La narration nous fait si bien partager les états d’âme de Nell, qu’on s’identifie à elle. Quand une bande de garçons propose aux deux soeurs de partir à pied vers la côte Est où, paraît-il, la vie moderne a repris, qu’aurions nous fait à leur place ? Serions-nous partis au risque de mourir de faim, de froid et d’épuisement en chemin ? Ou serions nous restés dans notre abri, au risque de mourir de solitude et de ne jamais réaliser nos rêves de devenir danseuse ou étudier à Harvard ? Le roman interroge aussi nos modes de vie. Que pourrions-nous faire aujourd’hui pour que la catastrophe n’arrive pas ? A moins que la catastrophe soit une chance, l’occasion de nous réinventer et d’apprendre à habiter le monde autrement…

Un grand roman !

HEGLAND Jean. Dans la forêt, traduit de l’américain par Josette Chicheportiche, Gallmeister (Totem), 2018, 308 p. (Into the Forest, 1996).
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Album·Habiter

Mission jardiner la ville – Frédérique Basset, Claire Le Gal

J’aime les villes. J’y vis, j’y travaille et j’y passe même la plupart de mes vacances. Jusqu’à présent la nature avait plutôt tendance à m’angoisser, mais imperceptiblement quelque chose a changé. J’ai quitté un appartement avec vue sur une cour sombre et pleine de murs pour un appartement avec vue sur des jardins, tout près d’une forêt (dans laquelle je ne me suis pas encore aventurée, mais c’est une autre histoire). Cet appartement m’a été loué avec une jardinière à une fenêtre et un très grand pot prêt à accueillir une plante d’intérieur.  Pendant plusieurs mois, ces contenants sont restés vides. Puis j’ai décidé de passer à l’action. C’est dans ce contexte que j’ai candidaté sur Babelio pour recevoir un livre pour la jeunesse intitulé Mission jardiner la ville.

MissionJardinerLaVillePour vous dire toute la vérité, quand j’ai reçu ce livre j’ai d’abord été un peu déçue, justement parce que ce n’est pas vraiment un livre, mais à peine un fascicule d’une trentaine de pages. Finalement, après avoir plongé dedans, j’ai trouvé ce livret assez sympathique. A qui s’adresse-t-il ? A un enfant de la ville qui aimerait bien, malgré tout, jardiner un peu. Comme dans beaucoup de livres pour la jeunesse, le livre s’adresse au lecteur en le tutoyant. Patiemment, il lui explique pourquoi c’est important de faire entrer des petits bouts de nature dans la ville, comment fonctionnent les plantes, quels sont les endroits où l’on peut jardiner, comment semer des graines, en récolter, etc. Le défaut de ce petit livre est qu’il veut tout dire. Il veut convaincre de l’intérêt du jardinage, donner des conseils pratiques, présenter quelques plantes, donner même des recettes de cuisine et apporter des connaissances sur les plantes à réviser au travers de quizz. Bien sûr il ne fait finalement que survoler tous ces sujets. Disons donc que ce livre propose une initiation aux jardiniers débutants.

TodmordenComme je cherchais des conseils pour utiliser une jardinière à ma fenêtre, j’ai trouvé deux doubles pages pouvant répondre à mes questions. La première concerne les graines. Elle nous montre comment les récolter, les conserver pour l’année suivante, les semer en utilisant toutes sortes de récipients en guise de godets : des pots de yaourt, des boîtes à oeufs ou des barquettes en plastique. Moi qui adore récupérer des bocaux ou des boîtes de conserve pour en faire des pots à crayons ou petits matériels, j’ai été très séduite par l’idée de faire des plantations dans un vieux bol ou un pot à confiture (quand je fais mes courses, je choisis même souvent mes conserves en fonction de la forme du contenant que je vais pouvoir réutiliser). Mais pour ma jardinière, j’envisageais plutôt cette année d’acheter des plantes prêtes à planter. Alors quelles plantes choisir ? Là encore, une double page m’a répondu. Elle propose d’abord de faire un mini-potager aromatique sur un bord de fenêtre ou de planter des fleurs : capucine, cosmos, mauve, impatience, lavande… en été ; cyclamen, perce-neige, hellébore, primevère… en hiver.

Mission jardiner la ville est un livre illustré. Les dessins sont à la fois informatifs et amusants. Ils mettent en scène toutes sortes d’animaux, dont un chien jardinier. Mission Jardiner la ville est aussi un livre écolo. Il milite pour la récup’, les grainothèques et les jardins partagés. C’est le livre parfait pour les petits bobos des villes.

BASSET Frédérique, LE GAL Claire. Mission jardiner la ville, Rue de l’échiquier (Jeunesse), 2019, 39 p.smiley2

 

Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois anglais

Poussière – Rosamond Lehmann

Dans le cadre du Mois anglais, le 13 juin était le jour du Vintage classic. C’est pour cette thématique que j’avais choisi un roman anglais de la première moitié du XXe siècle. Comme vous pouvez le constater, je suis très en retard. Je n’ai pas su profiter au mieux de ce mois anglais. Je me suis laissée engloutir par le travail, la fatigue de fin d’année, la chaleur… Mais j’ai tout de même fini par lire Poussière de Rosamond Lehmann, roman qui mérite vraiment le qualificatif de vintage, car s’il vaut la peine d’être lu, il fait tout de même beaucoup plus que son âge.

Poussiere-RosamondLehmannJudith Earle n’a pas encore 18 ans quand le roman commence, quelques années après la Première guerre mondiale. Quand elle était enfant, la maison d’à côté était parfois envahie par une bande de cousins venus passer les vacances chez leur grand-mère. Ils étaient cinq, quatre garçons et une fille : Julien, Charlie, Martin, Roddy et Mariella. Aujourd’hui Mariella est déjà veuve, à 22 ans. Elle avait épousé Charlie, juste avant qu’il soit mobilisé. Seule maintenant avec leur enfant, elle revient dans la maison que lui a léguée la grand-mère. Julien est à Oxford, Martin à Cambridge et Roddy à Paris. Quand tous se retrouvent en vacances, Judith leur apprend qu’elle envisage aussi d’aller à Cambridge. C’est alors la surprise générale. Il n’était pas encore courant que les filles aillent à l’université. Mais Judith n’a pas été scolarisée dans une école pour filles. Elle a suivi des cours particuliers avec un précepteur préparant des garçons à Oxford et Cambridge et a développé les mêmes ambitions qu’eux. Elle ira donc à Cambridge étudier la littérature anglaise. Elle y vivra une amitié ambiguë et passionnée avec une autre étudiante, avant de revenir vers ses trois cousins…

DustyAnswerLes deux premières parties du roman consacrées aux souvenirs d’enfance et aux rêveries de Judith la solitaire m’ont paru à la fois charmantes et désuètes. N’ayant pas lu la version originale je n’oserais pas dire que le roman est bien traduit, mais je dirais que la traduction de Jean Talva est admirablement écrite. On ressent un vrai plaisir esthétique à la lecture des sentiments de l’héroïne mêlés aux descriptions de la nature. Les sentiments sont alors des secrets et sont rarement partagés : Charlie aime Mariella, Mariella aime Julien, Julien et Martin aiment Judith, Judith aime Roddy… Et chacun d’eux rougit quand il croit son secret découvert.

« Tout était plein de tristesse, ce soir… la chambre, les appels perçants des oiseaux dans le jardin, la pelouse illuminée d’or que la fenêtre encadrait, avec son cerisier solitaire, magnifique, éclatant d’une floraison immaculée, et lançant vers le ciel ses longs jets écumeux. Elle était morose, presque jusqu’aux larmes ; cependant cette tristesse était riche, étouffante de joie. Le soir tenait Roddy enfermé dans sa beauté et son mystère : Roddy faisait partie de son secret. »

Amorçant la troisième partie, j’ai cru que l’entrée de Judith à l’université allait faire basculer le roman dans la modernité. Mais non. Poussière ne sort jamais du romantisme, On ne quitte donc pas les états d’âme de Judith, les sentiments exaltés des uns et des autres, leurs longues lettres d’amour où ils se répandent encore et encore… Le style du roman est élégant, mais les personnages sont totalement dépourvus de légèreté et se complaisent dans d’inutiles douleurs.

Ce roman a été écrit en 1927. Rosamond Lehmann est donc contemporaine de Virginia Woolf, mais leurs oeuvres sont à des années-lumière l’une de l’autre. Mais Rosamond Lehmann est plus jeune (elle n’avait que 26 ans l’année de la parution de Poussière). Je suis donc très curieuse de découvrir ce qu’elle a écrit par la suite…

LEHMANN Rosamond. Poussière, traduit de l’anglais par Jean Talva, Phébus (Libretto), 2015, 376 p. (Dusty Answer, 1927).smiley2Le_mois_anglais

Album·Mois anglais

Le Musée imaginaire de Jane Austen – Nathalie Novi, Fabrice Colin

Le Musée imaginaire de Jane Austen appartient à la catégorie des beaux-livres. J’ai eu la chance de me le faire offrir à Noël, il y a deux ans. Le Mois anglais me donne l’occasion de parcourir de nouveau les salles de ce musée imaginaire.

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MuseeImaginaireDeJaneAustenCe livre est l’oeuvre de Nathalie Novi, une illustratrice qui se dit « peintre littéraire ». Ses images sont accompagnées de textes de Fabrice Colin. Le livre est organisé non pas en chapitres mais en salles, chacune consacrée à un roman de Jane Austen. En bonne janéite, j’ai pu participer avec les autres lecteurs de ce livre à l’inauguration du musée imaginaire. Comme m’y invitaient les auteurs, j’ai visité le musée en compagnie d’autres admirateurs de Jane Austen de partout et des toutes les époques, parmi lesquelles deux soeurs imaginaires prénommées Alice et Emma. Avec elles, mais aussi avec quelques oiseaux, j’ai pu participer à toutes sortes de festivités : des bals, des pique-nique, des promenades à la campagne ou au bord de la mer… et bien sûr des mariages.

« Et tout se termine par un mariage. Qu’on ne s’y trompe pas, cependant. Le mariage, chez Jane Austen, n’a rien d’une conclusion frivole, la soumission naïve et un peu mièvre à une institution incontournable. il est le symbole de l’équilibre et de l’harmonie retrouvés. Le moyen, pour les femmes de la gentry rurale, de s’assurer statut économique et statut social. Le point vers lequel, d’une façon presque mathématique, convergent toutes les intrigues et les personnages du livre. »

J’ai visité ce musée imaginaire avec infiniment de plaisir et je me réjouis à l’avance des futures visites que je m’y offrirai de temps à autre. J’aime tellement l’idée du musée imaginaire, que j’aurais bien suggéré à Nathalie Novi d’en consacrer un aux soeurs Brontë, mais je n’ai pas l’impression qu’elles figurent parmi ses auteurs favoris. Tant pis, je vais me contenter d’en rêver…

NOVI Nathalie, COLIN Fabrice. Le Musée imaginaire de Jane Austen, Albin Michel jeunesse, 2017.smiley2
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois anglais·Polar

Te laisser partir – Clare Mackintosh

Pour le Mois anglais, je sors un polar de ma pile : Te laisser partir de Clare Mackintosh. A la fin du roman, une note de l’auteur nous apprend qu’elle a été policière à Oxford, semble-t-il pendant une dizaine d’années, et a eu à ses débuts à s’occuper de l’affaire d’un petit garçon tué par un chauffard. Dans la même note, elle confie avoir perdu son fils dans des circonstances très différentes. Ses deux événements seraient à l’origine de Te laisser partir, son premier roman. Depuis elle en a publié un deuxième : Je te vois.

TeLaisserPartirDe retour de l’école, un petit garçon de cinq ans est renversé par une voiture sous le regard impuissant de sa mère. C’était un soir de pluie à Bristol. L’enfant traversait la rue juste devant chez lui. Le chauffard a pris la fuite, personne n’a rien vu et l’enquête de police tourne court.
Peu après l’accident, Jenna quitte Bristol. Elle prend un car un peu au hasard. Il la dépose à Swansea, une ville côtière du Pays de Galles. De là, toujours au hasard, elle gagne un village du nom de Penfach. Le camping est fermé mais on lui indique un cottage en location. Elle s’y installe. Hantée par les images de l’accident, elle tente tant bien que mal de recommencer sa vie à zéro…
Mais un an après la mort du petit Jacob, alors que l’affaire est officiellement classée, deux enquêteurs lancent l’appel à témoins de la dernière chance… 

« Le silence tombe sur le prétoire et le juge me fixe froidement. J’éprouve l’envie absurde de lui dire que je ne suis pas comme les accusés qu’il a l’habitude de voir défiler dans son tribunal. Que j’ai grandi dans une maison comme la sienne et que je suis allée à l’université ; que j’ai organisé des dîners chez moi ; que j’ai eu des amis. Que j’étais autrefois sûre de moi et extravertie. Que je n’avais jamais enfreint la loi jusqu’à l’année dernière et que ce fut une terrible erreur. Mais son regard est indifférent et je sais qu’il se moque de savoir qui je suis ou combien de dîners j’ai organisés. »

ILetYouGoTe laisser partir est à la fois un thriller psychologique et un roman d’enquête policière. Il est même construit en partie dans cette alternance : un chapitre sur deux nous suivons l’enquête de police et un chapitre sur deux nous avons le récit à la 1ère et à la 2e personnes de l’un des protagonistes de l’affaire. Un seul personnage assume ce rôle de narrateur dans la 1ère partie du roman, mais un autre apparaît dans la seconde. Ce nouveau narrateur est très inquiétant, car sa voix est celle d’un serial killer. Calculateur, ne pensant qu’à disposer des autres à sa guise, il a tout du psychopathe. C’est lui qui fait basculer le roman du côté du thriller.

Te laisser partir est un polar millimétré. Tout est en place pour prendre au piège le lecteur, l’empêcher de poser son livre avant d’avoir eu le fin de mot de l’histoire, mais aussi pour le tromper, le manipuler, le laisser s’égarer dans de fausses pistes. Très habile dans sa capacité à susciter l’empathie du lecteur, Clare Mackintosh sait donner de l’épaisseur à chacun de ses personnages. Elle sait aussi faire exister les lieux et nous donner à rêver d’un cottage miteux dans un paysage de carte postale, où pendant quelques chapitres le roman penche même un peu du côté de la romance.PaysDeGalles

J’ai aimé le début, la plongée dans l’enquête policière et la nouvelle vie de l’héroïne (l’endroit où elle va s’installer et le nouveau métier qu’elle s’invente ne sont pas sans charme). J’ai adoré la fin de la première partie et le début de la seconde, quand les cartes sont rebattues. Puis l’évolution du roman vers un thriller assez classique m’a moins enthousiasmée. Je n’avais pas très envie de faire semblant d’avoir peur pour l’héroïne qui s’en sortirait forcément à la fin. Alors j’ai poursuivi ma lecture avec moins de passion vers l’inévitable heureux dénouement. Cela reste un polar bien ficelé, avec une multitude de points de vue, ce qui lui donne tout de même une certaine originalité. Il n’est donc pas impossible que je me procure un jour un autre roman de Clare Mackintosh…

MACKINTOSH Clare. Te laisser partir, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Mathieu Bathol, Le livre de poche, 2018, 507 p. (I let you go, 2014).
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