Mois américain

Le Mois américain

LeMoisAmericain

Le Mois américain organisé par Titine commence demain. Titine nous a concocté un programme, qu’on est libre de suivre ou pas :

  • 1er septembre : dystopie, roman d’anticipation
  • 3 septembre : Nature, environnement
  • 6 septembre : document/récit
  • 8 septembre: album ou roman jeunesse
  • 10 septembre : l’adolescence
  • 13 septembre : polar/roman noir
  • 15 septembre : super-héros (comics, BD, films, etc…)
  • 17 septembre ; un roman ayant reçu le prix Pulitzer
  • 20 septembre : le Grand Ouest
  • 22 septembre : les minorités
  • 24 septembre : un 1er roman
  • 27 septembre : un roman ayant pour cadre une grande ville américaine
  • 29 septembre : un classique de la littérature américaine
  • 30 septembre : un roman féministe ou écrit par une femme

Pour la première fois depuis que je pratique les mois thématiques, j’ai pu prendre un peu d’avance…

Edit du 31 août : je ne me souvenais même pas avoir programmé ce billet (sans doute quand je me suis inscrite au Mois américain). Je m’avançais un peu en annonçant avoir pris de l’avance. En fait je n’ai que 2 lectures d’avance ! 🙂

Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Entre février et juillet 2010, Sylvain Tesson a vécu six mois dans une cabane en Sibérie. Pendant ce séjour, il a quotidiennement consigné ses pensées dans un cahier. C’est ce « journal d’ermitage » qu’il a publié l’année suivante sous le titre : Dans les forêts de Sibérie.

DansLesForetsDeSiberieUne expérience. Sylvain Tesson est parti vivre une expérience. Il s’est installé seul dans une cabane au bord du lac Baïkal. La durée du séjour a été préalablement fixée, les dates choisies de façon à arriver en hiver et repartir en été. C’est une expérience qui peut sembler vaine. Il est lui-même l’objet de son étude. Il s’observe plus encore qu’il n’observe son environnement, scrute son rapport au temps et à la solitude.

« Une fuite, la vie dans les bois ? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l’habitude donnent à l’élan vital. Un jeu ? Assurément ! Comment appeler autrement un séjour de réclusion volontaire sur un rivage forestier avec une caisse de livres et des raquettes à neige ? Une quête ? Trop grand mot. Une expérience ? Au sens scientifique, oui. La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s’inventer une vie ralentie. »

Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas un voyage improvisé. Il a minutieusement organisé sa survie, emportant des vêtements chauds pour affronter l’hiver sibérien, des armes et des outils, des victuailles, beaucoup de vodka, des cigares, des livres… et même des panneaux solaires, un téléphone satellite, un ordinateur, un GPS… Il y a un petit côté too much dans ce déploiement de technologies pour le moins contradictoire avec le choix de la vie d’ermite en cabane. Mais dresser la liste des choses à emporter permet tout de même de faire le point sur ce qui est important pour soi. Pour Sylvain Tesson, les livres et la vodka constituent l’essentiel.

« C’est drôle, on se décide à vivre en cabane, on s’imagine fumant le cigare devant le ciel, perdu dans ses méditations et l’on se retrouve à cocher des listes de vivres dans un cahier d’intendance. La vie, cette affaire d’épicerie. »

Dans-les-forets-de-SiberieJ’ai abordé cette lecture un brin sceptique, mais j’ai sympathisé avec Sylvain Tesson au fur et à mesure de ma lecture. J’ai découvert quelqu’un sans illusions, sans surtout cette prétendue illusion d’éternité qui nous amènerait à laisser filer la vie entre nos doigts. Lui s’interroge, interroge nos modes de vie et notre conception du bonheur.

« Je rêve d’une petite maison de banlieue avec chien, femme et enfants protégés par une haie de sapins. Dans toute leur étroitesse, les bourgeois ont tout de même compris cette chose essentielle : il faut se donner la possibilité d’un bonheur minimum. »

Je n’avais encore jamais lu Sylvain Tesson. J’imaginais qu’il était à la littérature ce que le chanteur Antoine a pu être à la chanson, c’est-à-dire une sorte de voyageur ou d’aventurier pour qui la littérature arriverait en second, comme le moyen de financer cette vie un peu marginale. Mais je referme Dans les forêts de Sibérie persuadée d’avoir lu un véritable écrivain, voyageur ou pas. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Le nombre de post-it dont j’ai orné mon exemplaire. C’est la preuve imparable. Maintenant je sais que je vais en lire d’autres. Peu importe le sujet, car j’y trouverai certainement au moins une phrase, une pensée ou un trait d’humour qui sera à mon goût.

« Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. »

TESSON Sylvain. Dans les forêts de Sibérie, Folio, 2014, 289 p. (Gallimard, 2011).
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Habiter

Retour de vacances

Je suis rentrée de vacances pour enterrer mes asters et tailler mes campanules. Conclusion : le jardigel n’a aucune utilité. J’ai pourtant une petite jardinière, mais peut-être qu’il m’aurait fallu 2, 3 ou 4 jardigel pour faire survivre mes fleurs pendant 4 semaines.

Désastre

Au moins mon sedum lemon ball a non seulement survécu à la sécheresse, mais il a même continué à se développer. Je ne sais pas si les campanules blanches ressuciteront ; nous verrons. Mais pour mes asters de Chine, il n’y avait aucun espoir. Je les ai donc remplacés par des campanules violettes.

Campanules violettes

Bien sûr, comme je sais que vous suivez mes aventures jardinières avec passion, je vous tiendrai au courant.

A suivre

Une bonne nouvelle malgré tout : le cône d’arrosage fonctionne. J’ai été surprise que le niveau d’eau n’ait pas beaucoup baissé. Il m’a semblé que beaucoup de terre s’était accumulée sur le cône. L’eau s’est donc écoulée difficilement, mais cela a été suffisant pour maintenir ma belle plante en bonne santé.

Retour de vacances

Grâce à ce cône d’arrosage, mon aglaonema adorée se porte très bien. A mon retour, elle rosissait de plaisir.

Aglaonema adorée

 

BD

Le retour à la terre (tomes 1 à 6) – Jean-Yves Ferri & Manu Larcenet

Cette année a vu la parution du tome 6 du Retour à la terre de Ferri et Larcenet, plus de 10 ans après la parution du tome 5. L’occasion était trop belle de relire les 5 premiers tomes, comme pour retarder le moment de prendre des nouvelles de Manu Larssinet.

Voici comment tout avait commencé, dans l’album La vraie vie en 2002 :

UnJour

« Moi » c’est Manu Larssinet, double de bd de Manu Larcenet, dessinateur de la série d’albums que nous lisons. Il se dessine lui-même, avec un gros nez, héros de cette histoire qui est la sienne, scénarisée par Jean-Yves Ferri. Il dessine d’ailleurs aussi le scénariste qui lui a proposé cette idée de bd faite de « demi-pages, des gags très courts ».

Les débuts à la campagne son difficiles pour Manu et pour son chat, qui regrettent tous deux Juvisy. Mais à la fin du 1er album, nous quittons Mariette et Manu avec un double projet : un bébé et un potager. On oubliera vite le potager, mais la petite Capucine fera son apparition et à la fin du 5e tome, même le chat aura fondé une famille.

Revolutions

Que se passe-t-il donc dans le 6e tome ? Eh bien le 6e tome est directement la suite du 5e, c’est-à-dire qu’entre le 5e et le 6e tomes, il ne s’est pas passé 11 ans comme dans la vraie vie. On comprend, grâce à la mise en abyme, que Ferri et Larcenet ont été très occupés, l’un par Astérix, l’autre par Blast. Mais on retrouve Capucine à peine un tout petit peu plus grande, tandis que Mariette attend un 2e enfant. Et Speed est toujours accompagné d’une ribambelle de chatons…

Metamorphoses

Mais en fait Capucine sait déjà écrire. Elle doit donc avoir six ans. Mais pourquoi les chatons sont-ils encore si petits ? L’album commence en automne, alors que Mariette est enceinte de sept mois. L’éditeur de Dargaud tente d’aller chez Manu en traversant la campagne en plein hiver. Puis c’est le retour du printemps. Mais la grossesse de Mariette n’en finit pas… Bien sûr je plaisante, car tout cela n’a aucune importance. Même cette conception élastique du temps qui passe m’a amusée.

J’ai été ravie de retrouver l’ermite psy et l’inénarrable voisine Mme Mortemont qui apprend à utiliser un Samsong. Ravie bien sûr aussi de retrouver Manu et ses angoisses existentielles traitées dans cette série avec humour et poésie.

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J’ai pris un réel plaisir à ces retrouvailles et ne dirais donc pas non à un 7e tome…

FERRI Jean-Yves & LARCENET Manu. Le Retour à la terre (tomes 1 à 6), Dargaud, 2002-2019.

  • Tome 1. La Vraie vie (2002)
  • Tome 2. Les Projets (2003)
  • Tome 3. Le Vaste monde (2005)
  • Tome 4. Le Déluge (2006)
  • Tome 5. Les Révolutions (2008)
  • Tome 6. Les Métamorphoses (2019)

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BD

La maison de la plage – Séverine Vidal, Victor L. Pinel

Une envie de BD et un titre qui sentait bon les vacances m’ont fait choisir ce roman graphique dont je ne savais rien.

LaMaisonDeLaPlageL’été 2018 devrait être le dernier été dans la maison de la plage en Loire-Atlantique, car Tonton Albert a décidé de vendre. Juju et sa cousine Coline sont les premières. Arrive ensuite le frère de Julie, Pierrot, avec sa femme Manon et leur fils Elno. Julie est enceinte. Elle vient de perdre son mari Thomas. Puis arrivent les parents, ceux de Pierrot et Julie, ceux de Coline, et enfin le fameux Tonton Albert. Jean-Loup, Richard et Albert ont hérité de la maison des grands-parents. Mais Albert veut la vendre, pour partir aux États-Unis rejoindre son fils…

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L’histoire principale, qui se joue en 2018, se double et se triple de celle de l’achat de la maison en 1968, à l’époque des grands parents, et de celle des précédents propriétaires en 1959. Cette dernière histoire, particulièrement bébête, m’a paru de trop. Trop appuyée également. Dommage, car le reste est joli. J’ai aimé l’histoire simple d’une famille qui se retrouve chaque été dans une maison à laquelle elle s’est attachée sans s’en apercevoir. Il aura fallu croire un instant l’avoir perdue, pour réaliser à quel point ces étés étaient précieux, comme ces moments régressifs, où des adultes jouent encore un peu les enfants en s’offrant simplement un petit-déjeuner à l’heure du dîner. J’ai aimé cet esprit de vacances qui rend tout plus léger et qui redonne un avenir possible à un personnage endeuillé. J’ai beaucoup beaucoup aimé les dessins, qui créent l’atmosphère d’un dialogue en cadrant deux pieds nus dans l’herbe ou une mouette traversant le ciel et laissant dans une bulle une phrase en suspens. J’arrive à peine à croire que ce soient les deux mêmes auteurs qui aient écrit cette histoire si délicate et l’autre si lourde. Incompréhensible !

VIDAL Séverine, PINEL Victor L. La Maison de la plage, Marabout (Marabulles), 2019, 158 p.
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BD

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Plaisir de vacances : se plonger dans un roman graphique et le lire d’une traite.

CesJoursQuiDisparaissentLubin Maréchal ne vit plus qu’un jour sur deux. Tout a commencé par un jour d’absence au travail. Quand il retourne le lendemain à la supérette où il est employé, il n’a aucun souvenir de ce qu’il pu faire la veille. Mais voilà que cela recommence le jour suivant. Bien sûr il va perdre son travail et se heurter à l’incrédulité de ses proches. Mais très vite il va s’apercevoir qu’un double vit à sa place ces jours qui lui échappent. Ce double est très différent de lui. Le Lubin d’origine est un enfant adopté, qui rêve de devenir un acrobate professionnel. Son double est mieux intégré, plus pragmatique, bien décidé à réussir sur un plan matériel. Il va falloir partager avec ce double : l’appartement, la famille, une petite amie… Et puis tout va s’accélérer. Malgré la thérapie, le double va l’emporter et vivre de plus en plus aux dépens du Lubin d’origine qui réapparaîtra de moins en moins souvent, obligé de vivre sa vie et son vieillissement en accéléré…

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CesJoursQuiDisparaissent2Ces jours qui disparaissent s’inscrit dans le genre fantastique, car jamais l’on ne sait si Lubin est schizophrène, s’il est victime de son imagination ou d’un phénomène surnaturel. Son double mène la vie qui aurait pu être la sienne s’il n’avait pas perdu ses parents à l’âge de 4 ans. Sans ce drame initial, il n’aurait sans doute pas été ce doux rêveur qu’il est devenu. Sans cette faille, il serait devenu quelqu’un qui réussit, mais aussi quelqu’un d’humainement moins intéressant. Chacun de nous peut ainsi vivre une seconde vie imaginaire. Et si, à tel moment de notre existence, nous avions fait un autre choix ? Dans un monde alternatif, nous vivons peut-être cette autre existence possible. Mais dans le roman graphique, les deux versions de Lubin partagent le même monde et parviennent à communiquer en différé. Voir le Lubin d’origine perdre la partie est désolant. Comme s’il avait renoncé à vivre sa vie et qu’il ne parvenait plus qu’exceptionnellement à être vraiment lui-même. Seule touche d’espoir : l’histoire d’amour qu’il parvient malgré tout à vivre en pointillés, jusqu’au bout.

Magnifique roman graphique !

LE BOUCHER Timothé. Ces jours qui disparaissent, Glénat, 2019, 192 p. (édition spéciale enrichie de dessins inédits).
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Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle

Idaho – Emily Ruskovich

Après Dans la forêt et Mon désir le plus ardent, j’ai poursuivi mon voyage aux États-Unis à travers la collection Totem de Gallmeister avec Idaho, premier roman d’Emily Ruskovich. J’étais en vacances et pourtant j’ai traîné ce roman une éternité. Courageusement je l’ai malgré tout lu jusqu’au bout. Grâce à cet effort, aujourd’hui je peux le dire : je ne l’ai pas du tout aimé.

Idaho-RuskovichEssayons de résumer ce roman. Ann est la seconde femme de Wade. Elle sait qu’un drame a détruit la famille qu’il avait fondée avec Jenny, sa première épouse. Ils avaient eu deux filles, June et May, neuf et six ans au moment du drame. L’une d’elle est morte, l’autre a disparu et leur mère est en prison. Ann aimerait bien en savoir davantage et surtout retrouver la petite fille disparue, mais Wade ne peut rien lui dire, car il est en train de perdre la mémoire…

« Tous les deux ans, Ann et Wade ont reçu une nouvelle photo vieillie par ordinateur. Mais, parce que June aurait désormais vingt ans, ils n’en recevront plus qu’une tous les cinq ans. Il s’agira d’instantanés de June souriant paisiblement depuis son avenir hypothétique. Réticente et reconnaissante, June s’affichera sur les murs des grands magasins, à la fin des brochures immobilières glissées dans les boîtes aux lettres. Révélée, patiente, fatiguée, son expression s’efforçant de masquer le poids de la grâce dont on l’a affublée, cette obligation de continuer à vivre, à vieillir, au-delà des limites de la vie réelle. »

IdahoEmilyRuskovichJ’ai fait mon possible pour simplifier l’intrigue. Je me demande d’ailleurs si je ne suis pas comme Wade, car ce roman terminé il y a une dizaine de jours est déjà en train de s’effacer de ma mémoire. Ce que je peux encore vous en dire, c’est qu’il comporte beaucoup de personnages secondaires dont le lien avec l’intrigue principale est plus que ténu. Le récit est fragmenté, passant sans cesse d’une époque à une autre, obligeant le lecteur a joué au puzzle pour reconstituer la chronologie : 2004, 2008, 1985, 1995, 2006… De la maison d’Ann et Wade à la prison de Jenny, je me suis accrochée, j’ai tenu bon. Car ce roman n’est pas mauvais. Son écriture est séduisante. Il a même quelque chose d’envoûtant qui empêche le lecteur de s’en détourner avant de l’avoir terminé. Mais je me dois tout de même d’ajouter, qu’il n’est pas non plus très intéressant. C’est un roman psychologique, qui détonne un peu dans le catalogue de Gallmeister (mais il appartient manifestement à la même tranche du catalogue que Mon désir le plus ardent de Pete Fromm). Sa construction tarabiscotée sent un peu trop l’atelier d’écriture à l’américaine, ce que confirme d’ailleurs la page des remerciements où l’auteur rend hommage à ses « nombreux professeurs de création littéraire ». C’est finalement un roman artificiel écrit par un auteur qui n’a pas grand chose à dire. Un roman dont la lecture n’est donc pas indispensable.

RUSKOVICH Emily. Idaho, traduit de l’américain par Simon Baril, Gallmeister (Totem), 2019, 371 p. (Idaho, 2017).
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