Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois américain

Une année à la campagne – Sue Hubbell

Dans le cadre du Mois américain, le thème du jour est « nature, environnement ». Quoi de mieux pour illustrer ce thème, qu’un récit de nature writing ?

UneAnneeALaCampagneSue Hubbell (1935-2018), biologiste de formation, était bibliothécaire à Rhode Island. Avec son mari, prof à l’université, elle décide au début des années 70 d’aller s’installer à la campagne et d’y créer une ferme apicole. Mais son mari la quitte. Elle reste donc seule dans sa maison des monts Ozark dans le Missouri. Elle y vit douze ans, avant d’écrire ce récit qui couvre cinq saisons.

« Le monde semblait avoir poursuivi paisiblement sa course sans même que je m’en aperçoive. Envahie d’un sentiment de gratitude, je découvris qu’une partie de moi-même, disparue je ne sais où pour se laisser consumer par son chagrin et sa douleur, était revenue. J’étais remise sur les rails.
Une fois d’aplomb, je m’attaquai à toutes les tâches que l’on entreprend lorsqu’on revient de voyage. Je rangeai le bureau et répondis aux messages que d’autres avaient laissés. J’avais été longtemps absente et il y avait donc toute une pile à liquider avant de me mettre à construire l’après-midi de ma vie, à élaborer un ordre d’une autre espèce, une structure permettant à une femme de cinquante ans de vivre sa vie seule, en paix avec elle-même et avec le monde environnant. »

a-country-yearLe père de Sue Hubbell était botaniste. Quand elle était enfant, il l’emmenait régulièrement en promenade dans la forêt et lui parlait des plantes qu’il désignait par leurs noms latins. Devenue adulte, elle a conservé cette habitude, ce sens de l’observation, l’attention portée à son environnement et le souci d’identifier les espèces. Ce sont les espèces animales qui l’intéressent le plus. Ce qui est notable, c’est qu’elle se positionne elle-même comme appartenant à une espèce parmi d’autres. Elle partage son terrain avec des bruants indigo et des grenouilles grises, avec conscience de n’être pas plus propriétaire des lieux que les autres animaux.

Elle vit aussi en bonne intelligence avec des bestioles réputées moins sympathiques : des serpents, des araignées, des cafards… Elle subit des attaques de coyotes contre son poulailler et des attaques d’opossums contre ses ruches. Pourtant elle ne souhaite jamais la mort des animaux, même nuisibles. S’ils s’introduisent chez elle, elle les remet simplement dans la nature. Mais bizarrement, elle n’est pas végétarienne. Peut-être qu’elle le serait aujourd’hui. A moins que son omnivorisme soit une manière pour elle d’accepter l’ordre naturel.

« Ces Ozarkiens ne s’interrogent pas sur la chance qu’ils ont d’être tout en haut de la chaîne de nourriture, mais tuent pour se nourrir ce qui nage dans la rivière ou ce qui court dans les bois, et ils acceptent comme une évidence qu’il faut sacrifier la vie pour la maintenir. A cet égard, ils sont plus logiques que moi ; j’achète ma viande aseptisée sous emballage à l’épicerie. »

Avec 3 000 ruches, elle réussit à vivre de son activité, même si elle avoue être toujours en deçà du seuil de pauvreté. Elle vit seule, mais pas dans l’isolement. Elle fréquente ses voisins, voit toujours ses amis d’avant, rencontre des apiculteurs, reçoit son fils ou son frère, obtient l’aide de son neveu…

Ruches

Refermant ce livre que je n’ai pu lâcher comme s’il s’agissait du plus prenant des thrillers, je suis en admiration devant Sue Hubbell, sa vie et son oeuvre. J’admire sa modestie et la simplicité avec laquelle elle décrit le monde qui l’entoure. Du passage des saisons à toutes ces rencontres avec les animaux qui partagent son terrain se dégage une poésie rare. Ce livre est une pure merveille.

« C’est pourquoi j’ai cessé de dormir à l’intérieur. Une maison est trop petite, trop limitée. Je veux le monde entier, et aussi les étoiles. »

HUBBELL Sue. Une année à la campagne. Vivre les questions, traduit de l’anglais par Janine Hérisson, préface de J. M. G. Le Clézio, Folio, 2019, 259 p. (A Country Year. Living the Questions, 1983).
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6 commentaires sur “Une année à la campagne – Sue Hubbell

    1. Je suis contente qu’il soit un chouchou pour toi, car j’ai aussi eu un vrai coup de coeur, pour le livre et pour son auteur. Contente aussi de voir que tu ne disparais pas complètement…

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    1. D’abord ce n’est pas un roman, mais un pur récit de nature writing. Quand Sylvain Tesson part en Sibérie ou Thoreau au bord de sa rivière Walden, ça peut être très bien, mais ce sont des expériences de courte durée. Pour Sue Hubbell, c’est devenu sa vie. J’ai beaucoup aimé la manière dont elle s’intéresse à tout ce qui l’entoure. A dire vrai, je ne m’attendais pas à aimer ça autant.

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      1. Ah j’ai oublié de répondre sur « contemplatif ». Elle est contemplative. Elle adore se poser dans un coin et attendre par exemple que des oiseaux apparaissent. Mais elle est aussi très active, travaille beaucoup, répare toutes sortes de choses, coupe du bois, etc. Elle n’a pas le temps de s’ennuyer et moi non plus je ne me suis pas ennuyée en sa compagnie. Mais je ne peux pas te garantir qu’il en serait de même pour toi…

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