Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois anglais

Poussière – Rosamond Lehmann

Dans le cadre du Mois anglais, le 13 juin était le jour du Vintage classic. C’est pour cette thématique que j’avais choisi un roman anglais de la première moitié du XXe siècle. Comme vous pouvez le constater, je suis très en retard. Je n’ai pas su profiter au mieux de ce mois anglais. Je me suis laissée engloutir par le travail, la fatigue de fin d’année, la chaleur… Mais j’ai tout de même fini par lire Poussière de Rosamond Lehmann, roman qui mérite vraiment le qualificatif de vintage, car s’il vaut la peine d’être lu, il fait tout de même beaucoup plus que son âge.

Poussiere-RosamondLehmannJudith Earle n’a pas encore 18 ans quand le roman commence, quelques années après la Première guerre mondiale. Quand elle était enfant, la maison d’à côté était parfois envahie par une bande de cousins venus passer les vacances chez leur grand-mère. Ils étaient cinq, quatre garçons et une fille : Julien, Charlie, Martin, Roddy et Mariella. Aujourd’hui Mariella est déjà veuve, à 22 ans. Elle avait épousé Charlie, juste avant qu’il soit mobilisé. Seule maintenant avec leur enfant, elle revient dans la maison que lui a léguée la grand-mère. Julien est à Oxford, Martin à Cambridge et Roddy à Paris. Quand tous se retrouvent en vacances, Judith leur apprend qu’elle envisage aussi d’aller à Cambridge. C’est alors la surprise générale. Il n’était pas encore courant que les filles aillent à l’université. Mais Judith n’a pas été scolarisée dans une école pour filles. Elle a suivi des cours particuliers avec un précepteur préparant des garçons à Oxford et Cambridge et a développé les mêmes ambitions qu’eux. Elle ira donc à Cambridge étudier la littérature anglaise. Elle y vivra une amitié ambiguë et passionnée avec une autre étudiante, avant de revenir vers ses trois cousins…

DustyAnswerLes deux premières parties du roman consacrées aux souvenirs d’enfance et aux rêveries de Judith la solitaire m’ont paru à la fois charmantes et désuètes. N’ayant pas lu la version originale je n’oserais pas dire que le roman est bien traduit, mais je dirais que la traduction de Jean Talva est admirablement écrite. On ressent un vrai plaisir esthétique à la lecture des sentiments de l’héroïne mêlés aux descriptions de la nature. Les sentiments sont alors des secrets et sont rarement partagés : Charlie aime Mariella, Mariella aime Julien, Julien et Martin aiment Judith, Judith aime Roddy… Et chacun d’eux rougit quand il croit son secret découvert.

« Tout était plein de tristesse, ce soir… la chambre, les appels perçants des oiseaux dans le jardin, la pelouse illuminée d’or que la fenêtre encadrait, avec son cerisier solitaire, magnifique, éclatant d’une floraison immaculée, et lançant vers le ciel ses longs jets écumeux. Elle était morose, presque jusqu’aux larmes ; cependant cette tristesse était riche, étouffante de joie. Le soir tenait Roddy enfermé dans sa beauté et son mystère : Roddy faisait partie de son secret. »

Amorçant la troisième partie, j’ai cru que l’entrée de Judith à l’université allait faire basculer le roman dans la modernité. Mais non. Poussière ne sort jamais du romantisme, On ne quitte donc pas les états d’âme de Judith, les sentiments exaltés des uns et des autres, leurs longues lettres d’amour où ils se répandent encore et encore… Le style du roman est élégant, mais les personnages sont totalement dépourvus de légèreté et se complaisent dans d’inutiles douleurs.

Ce roman a été écrit en 1927. Rosamond Lehmann est donc contemporaine de Virginia Woolf, mais leurs oeuvres sont à des années-lumière l’une de l’autre. Mais Rosamond Lehmann est plus jeune (elle n’avait que 26 ans l’année de la parution de Poussière). Je suis donc très curieuse de découvrir ce qu’elle a écrit par la suite…

LEHMANN Rosamond. Poussière, traduit de l’anglais par Jean Talva, Phébus (Libretto), 2015, 376 p. (Dusty Answer, 1927).smiley2Le_mois_anglais

2 commentaires sur “Poussière – Rosamond Lehmann

  1. Je l’ai lu il y a … longtemps, peut être est-ce poussiéreux (OK, je sors) Actuellement je lis Barbara Pym, c’est vintage aussi, années 50, mais bien plus amusant.

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  2. Barbara Pym, voilà une bonne idée pour un prochain Vintage classic ! Je ne l’ai pas encore lue, mais j’aime son nom. Ce sera sûrement plus amusant en effet., car même la sonorité de son nom est spirituelle

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