Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Chacun sa vérité – Sara Lövestam

Pour choisir ce polar suédois, j’avoue m’être laissée influencer par la mention « Grand prix de littérature policière ». Car on ne choisit pas un polar nordique sans risque. Depuis le succès de Millenium, il se publie tout et n’importe quoi, plus souvent le pire que le meilleur. Or j’espérais le meilleur. Je ne suis pas déçue. J’ai marché, suivi l’enquête avec intérêt. Mais surtout, je me suis sentie en phase avec l’auteur et son personnage de détective.

Chacun-sa-veriteChacun sa vérité est le premier titre d’une série de polars consacrée au détective Kouplan, un jeune iranien sans-papiers réfugié à Stockholm. Le deuxième volet de la série est paru la même année en Suède : Ça ne coûte rien de demander. Quant au troisième, il arrive en France très prochainement : Libre comme l’air.

Dans Chacun sa vérité, Kouplan passe une petite annonce pour offrir ses services de détective. Une femme le contacte. Sa fille de six ans a disparu. Pour de mystérieuses raisons, elle ne veut pas avoir affaire à la police. Elle engage donc Kouplan, ce jeune iranien sans-papiers qui fuit lui-même les autorités. Il a 26 ans, en paraît à peine 18, et n’a pas franchement l’air d’un professionnel. Mais il est, pour Pernilla, son seul espoir de retrouver la petite Julia. Or Pernilla n’a pas tout dit à Kouplan. Elle lui cache quelque chose sur la naissance de Julia. Qui est son vrai père ? Pourquoi n’est-elle pas scolarisée et n’a-t-elle pas de numéro de sécurité sociale ? Pourquoi la mère n’a-t-elle aucune photo de sa fille ? Et si Pernilla n’avait pas elle-même les réponses à toutes ces questions ? Que lui est-il arrivé pour qu’elle ait occulté une partie de son histoire ?

sanningmedmodifikationChacun sa vérité est à la fois un roman psychologique et un roman social. Comment vit-on à Stockholm quand on est sans-papiers ? C’est ce qu’on découvre en accompagnant Kouplan dans son enquête. Ce n’est pas un grand spécialiste des disparitions d’enfant. Il n’a pas non plus les moyens qu’aurait la police pour mener son enquête. Il en sait même un peu moins que le lecteur qui a aussi accès au point de vue de Pernilla et à celui de la petite fille, prisonnière quelque part… La fin est très réussie. Elle se laisse en partie deviner, mais elle apporte aussi une grosse surprise au lecteur.

J’ai bien aimé qu’il y ait une préface, qui nous présente un peu l’auteur et nous donne quelques éléments de compréhension de la situation en Suède. Celle de Marc de Gouvenain nous rappelle notamment que la Suède est le pays le plus hospitalier d’Europe, acceptant une demande d’asile pour 300 habitants, soit 15 fois plus que la France. Mais parallèlement, l’extrême droite y progresse rapidement. Dans ce contexte, Sara Lövestam a clairement choisi son camp.

C’est officiel : me voici réconciliée avec le polar suédois !

LÖVESTAM Sara. Chacun sa vérité. Une enquête du détective Kouplan, traduit du suédois par Esther Sermage, préface de Marc de Gouvenain, Pocket, 2018, 301 p. (Sanning med modifikation, 2015).

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