Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Polar

Peur – Dirk Kurbjuweit

En quête de polars récents, j’ai essayé en faisant mes emplettes de varier les genres et opté d’abord pour un thriller. C’est du moins ce que m’a laissé croire la collection et le titre du roman plein de promesses : Peur. J’en frissonnais d’avance. Hélas, ce petit roman allemand ne fait pas du tout peur.

Peur-dirk-KurbjuweitC’est un roman qui commence par la fin. Le narrateur rend visite à son père dans ce qui pourrait être une maison de retraite. Mais non, c’est une prison, car il a tué un homme. Il l’a fait pour son fils et sa famille, harcelés par leur voisin du dessous. S’ensuit le récit du harcèlement qui bien sûr ira crescendo. Pourtant le roman manque de rythme, sans doute parce que le récit est entrecoupé des souvenirs d’enfance du narrateur à Berlin-Est, auprès d’un père collectionneur d’armes à feu. C’est assez réaliste et d’une grande justesse psychologique. Car il n’y a que dans un polar qu’on admet d’emblée l’existence d’un psychopathe capable de vous pourrir la vie. Dans la vraie vie, on ne veut pas y croire. C’est pourquoi le narrateur va au début minimiser la dangerosité de son voisin et tarder à réagir.

« Fallait-il déménager ? Nous avions déjà évoqué cette solution avant de la rejeter. Pourtant, elle nous aurait permis de nous débarrasser du monstre, de le laisser derrière nous. Seulement il était hors de question de nous faire chasser de chez nous, nous étions dans notre bon droit et n’avions nulle intention de céder. Nous aimions notre appartement : c’était notre chez-nous, notre confort petit-bourgeois, notre placement pour nos vieux jours. » (p. 177)

angstLe titre trouve une explication au coeur du roman. Non la peur n’est pas celle du lecteur, ni seulement celle du narrateur harcelé par son voisin. Mais celle d’un petit garçon face à un père violent, colérique, menaçant et armé jusqu’aux dents. Et celle de ce père qui s’entraînait au tir chaque semaine, comme pour se prémunir d’un danger imaginaire.

« J’aimerais être bien clair, j’ai vécu une adolescence parfaitement normale. L’autre piège, quand on se pose en historien, c’est de faire la part belle aux événements dramatiques, d’y voir la preuve d’épisodes mouvementés, voire troublés. Nous avions une petite vie tranquille au contraire, surtout à la maison. » (p. 113)

Là où le roman est assez malin, c’est qu’il joue justement avec notre attente de lecteur de thriller. Pour ce lecteur, il n’y a aucun doute à avoir, le psychopathe est potentiellement dangereux. Le narrateur a donc raison d’avoir peur et nous adoptons d’abord son point de vue facilement. Puis le doute s’insinue, alors même que nous constatons qu’il ne s’agit pas vraiment d’un thriller…

« Nous menons au moins deux vies en parallèle, surtout après de grandes décisions : la vie que nous avons choisie et celle que nous avons refusée. Et c’est à cette vie-là que nous pensons sans cesse au regard de celle que nous menons. » (p. 213)

KURBJUWEIT Dirk. Peur, traduit de l’allemand par Denis Michelis, Le livre de poche (Thriller), 2019, 283 p. (Angst, 2013).

smiley3

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s