Habiter·Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Intérieur – Thomas Clerc

InterieurThomas Clerc décrit son appartement. En 400 pages qu’il aura mis 3 ans à écrire, il explore de manière systématique chaque recoin de son 2/3 pièces à Paris. Ce n’est pas un essai, ce n’est pas un roman, pas même un récit, mais un texte inclassable, recueil de fragments et autobiographie par l’appartement et les objets qu’il contient. J’aime le systématisme de la démarche. Adhérer à ce projet suppose pour le lecteur de lire avec le même systématisme tous les fragments dans l’ordre jusqu’à épuisement du lieu (et du lecteur).

« Si je voulais résumer en 1 formule le rôle que la Littérature a joué dans ma vie, je dirais que mes lectures ont été plus déterminantes que mes expériences. »

Intérieur est le livre d’un archiviste de sa propre vie. Il  a tout conservé. Ses vieux cours, ceux qu’il a suivis, sont conservés comme ceux qu’il a donnés et lui servent encore à en préparer de nouveaux (il est maître de conférences à Nanterre). Ses vieux agendas noirs sont tous bien rangés dans la bibliothèque mobile. Ses billets de théâtre, concerts, matchs de foot… sont archivés dans une boîte à chaussures dans l’entrée. Quand la boîte est pleine, elle change de pièce pour être durablement conservée ailleurs et laisser place à une nouvelle boîte dans l’entrée.

« L’examen de ces anciennes boîtes à chaussures témoigne que je passe 1 certain temps à la vie culturelle du mien : si je n’ai pas mon lot de films, spectacles et autres sorties, je ne pourrai pas pleinement considérer que « j’ai vécu ». Cela ne paraîtra vicieux qu’à des contempteurs de la mondanité, position que j’ai souvent entendue chez des gens qui faisaient mine de prendre pour un vice le plaisir à voir d’autres choses que le spectacle quotidien de leur propre personne. Rester seul dans son coin est une mauvaise posture : s’échapper fait partie du système. »

Il s’est pourtant séparé d’un certain nombre d’objets au fil du temps et le regrette. Alors désormais il conserve tout, même les livres ou disques qu’il n’aime plus, qui sont juste un peu cachés. Il va même jusqu’à conserver des livres ou disques ayant appartenu à ses frères, se faisant ainsi l’archiviste de la famille.

J’ai apprécié cette lecture, mais elle ne va pas m’aider à aménager mon nouvel appartement. D’abord ma situation est bien moins favorable. Thomas Clerc est (ou était) propriétaire de 50m2 dans le Xe, alors que je suis locataire de 26m2 en banlieue. Je n’aurai donc pas de petite pièce dédiée à la bibliothèque. Pas question non plus d’archiver quoi que ce soit, qui ne soit pas absolument indispensable. Quand on vit dans 26m2, l’espace est vite saturé. Acheter un nouveau livre signifie rapidement devoir se séparer d’un plus ancien. Mais le plus surprenant, quand on doit se séparer de certaines choses faute de place, est qu’on y prend goût. L’allègement, même s’il est forcé, s’avère bénéfique. Et on prend finalement plaisir à posséder peu.

CLERC Thomas. Intérieur, Folio, 2017, 412 p. (L’Arbalète / Gallimard, 2013)

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