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Chez soi – Mona Chollet

ChezSoiChez soi est un essai de Mona Chollet, une journaliste qui se revendique casanière. Aimer rester chez soi est, selon elle, souvent jugé scandaleux. Celui qui préfère l’immobilité au voyage, le cocooning aux sorties manquerait d’audace et de curiosité. La profession de Mona Chollet est une circonstance aggravante : être casanière pour une journaliste serait aussi paradoxal que d’être végétarienne pour une charcutière.

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité, et qui, avec le temps, apprennent à s’accommoder stoïquement des sarcasmes de leurs proches. »

ChezSoi1L’espace domestique est pour elle intimement lié au temps, ce temps où l’on n’est plus là pour personne,  dont elle écrit avoir un besoin absolu. Ces pages sur le temps toujours insuffisant dont nous disposons pour nous-mêmes ont été presque douloureuses à lire, réveillant en moi la nostalgie des grandes vacances de l’enfance et celle du temps, trop rare et trop vite passé, d’une précieuse année de congé.

« Le temps est le trésor vital des casaniers. Pour les processus qu’ils espèrent enclencher, il leur en faut beaucoup, bien plus que les normes sociales ne sont disposées à leur en accorder. Il leur en faut une profusion dans laquelle ils pourront plonger, s’ébattre, s’ébrouer, virevolter. »

Mais s’il part de son expérience personnelle, l’essai de Mona Chollet s’intéresse aussi aux autres, aux mal-logés, aux exilés des grandes villes, aux Hongkongais vivant dans des placards, aux Américains en tiny houses ou aux aspirants propriétaires. Alors que l’introduction m’avait fait redouter des considérations très égocentriques, j’ai été favorablement surprise de lire un ouvrage très documenté fourmillant d’anecdotes et matière à réflexion.

« Un logement digne de ce nom ne devrait pas représenter un but, une finalité, mais un point de départ – vers des destinations inconnues et imprévisibles. Car il n’est pas seulement un abri : il est aussi un tremplin. »

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Paradoxalement, le lecteur ayant tous les droits, je me suis autorisée une lecture autocentrée, car j’aime l’idée d’accompagner par des lectures telle ou telle expérience de vie. J’ai donc lu cet essai en plein déménagement, comme pour mieux réfléchir à mon rapport à l’espace domestique. Je ne suis pas casanière, sans doute parce que j’ai souvent été mal logée. Pendant quelques années en province, mon espace intérieur s’est agrandi mais l’espace extérieur a bien davantage rétréci. Je m’y suis sentie plus à l’étroit que jamais. J’ai fini par revenir à Paris, sachant pourtant à quels problèmes de logement je m’exposais. Après un an dans un meublé sombre et inconfortable, je viens d’emménager dans un studio que j’espère rendre agréable, pour peut-être devenir casanière par intermittence. Avoir vraiment le choix. Mais s’il y a quelque chose d’encore plus scandaleux que d’aimer rester chez soi, c’est d’aimer sa solitude, chez soi ou au dehors. Marcher seul dans la rue sans chercher à aller quelque part, aller seul au cinéma ou s’installer seul pour lire dans un café. Recréer sa bulle même au milieu des autres et s’y lover comme dans un canapé moelleux.

CHOLLET Mona. Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, La Découverte / Poche, 2016, 359 p. (La Découverte, 2015)

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