Challenge 1% Rentrée littéraire·Littérature étrangère·Littérature du XXIe siècle·Mois américain

Mon année de repos et de détente – Ottessa Moshfegh

En littérature le sujet n’est pas tout. Mais un sujet original et un titre accrocheur sont tout de même le meilleur moyen de sortir du lot en période de rentrée littéraire. Pour son titre et son sujet, le roman d’Ottessa Moshfegh, qui en est déjà à son troisième, est celui qui me tentait le plus. Voyons si ce roman a été à la hauteur de mes espérances…

MonAnneeDeReposEtDeDetenteL’héroïne du roman commence à hiberner en juin 2000, à 26 ans.  Elle reste donc chez elle, se shoote aux somnifères et ne s’éveille que quelques heures par jour. Elle n’a pas vraiment besoin de travailler, car elle a hérité de ses parents. Elle touche aussi le chômage et s’est organisée pour que toutes ses dépenses et ses revenus soient automatisés. Elle n’a plus qu’à se préoccuper de se ravitailler en médicaments et à se faire livrer le minimum vital. Elle sort donc très peu, surtout pour boire un café sur le chemin de la pharmacie. Elle reçoit la visite de son « amie » Reda, tente parfois de renouer avec son ex, et consulte une psy complètement folledingue. Sa démarche est étrange. Ce n’est pas une dépression, ni un renoncement suicidaire, mais une sorte de thérapie qu’elle s’invente, persuadée que son année d’hibernation la sauvera…

« En mon for intérieur, je savais – c’était peut-être la seule chose que mon for intérieur ait sue à l’époque – qu’une fois que j’aurais assez dormi, j’irais bien. Je serais renouvelée, ressuscitée. Je serais une personne totalement nouvelle, chacune de mes cellules aurait été régénérée assez de fois pour que les anciennes ne soient plus que de lointains souvenirs nébuleux. Ma vie passée ne serait qu’un rêve, et je pourrais sans regret repartir de zéro, renforcée par la béatitude et la sérénité que j’aurais accumulées pendant mon année de repos et de détente. »

Cela n’a pas été le coup de coeur espéré, juste un roman sympathique et original, mais qui déçoit pas sa superficialité digne de la société qu’il semble dénoncer. Nous sommes plus dans l’univers de Sex and the city, que dans ceux d’Oblomov ou Bartleby. Quelques vulgarités, des personnages caricaturaux, des longueurs… Reste une satire du monde de l’art contemporain, de la société de consommation et du culte de l’apparence. Et surtout l’humour mélancolique qui me séduit toujours.

MOSHFEGH Ottessa. Mon année de repos et de détente, traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude, Fayard, 2019, 299 p. (My Year of Rest and Relaxation, 2018).
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Challenge Polars et thrillers·Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois américain·Polar

Front criminel – Benoît Tadié

Je profite de ce jour du Mois américain consacré aux récits ou documents, pour rendre compte d’un ouvrage documentaire sur un siècle de polars américains.

FrontCriminelBenoît Tadié raconte dans Front criminel l’histoire du polar américain de 1919 à nos jours.  Il situe les débuts du genre à un moment où s’affirme aux États-Unis une culture démocratique qui va permettre à des gens pas particulièrement lettrés, issus de milieux populaires, d’accéder à l’écriture. Il distingue trois périodes principales :

  • celle des débuts du polar dans les pulps, ces magazines bon marché qui ont publié différents genres de littérature populaire de 1900 à 1950 sous forme de nouvelles ou d’histoires à suivre (c’est alors l’époque du roman de gangster)
  • celle de l’apparition à partir de 1939 des livres de poche américains, les paperbacks, qui marque le début de l’ère du roman noir de détective
  • enfin celle de l’appropriation du polar par des minorités, notamment les Noirs et les homosexuels, époque qui coïncide avec le développement des séries à héros récurrents, donc une certaine standardisation, et a contrario l’apparition d’un polar plus esthétisant ou expérimental.

Le livre est passionnant, parce qu’il envisage le polar dans son contexte historique et politique. Il se lit stylo en main et donne très envie de repartir pour une exploration systématique et chronologique du genre. Pourtant la fin est décevante. Le dernier chapitre intitulé « Le polar, maintenant et sur terre » fait exactement 3 pages. Comme si depuis Westlake et Ellroy, il n’y avait plus eu aucun auteur intéressant. Une énumération bien trop rapide d’une vingtaine d’auteurs est venue à peine me contredire à la toute dernière page et m’a laissée sur ma faim. Dommage que la promesse du titre ne soit pas tenue !

TADIÉ Benoît. Front criminel : une histoire du polar américain de 1919 à nos jours, PUF, 2018, 385 p.
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LeMoisAmericainChallengePolarEtThriller2Je commence le challenge de Sharon avec un ouvrage documentaire, car c’est permis !
(tout est permis dans ce challenge)
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Littérature étrangère·Littérature du XXe siècle·Mois américain

Une année à la campagne – Sue Hubbell

Dans le cadre du Mois américain, le thème du jour est « nature, environnement ». Quoi de mieux pour illustrer ce thème, qu’un récit de nature writing ?

UneAnneeALaCampagneSue Hubbell (1935-2018), biologiste de formation, était bibliothécaire à Rhode Island. Avec son mari, prof à l’université, elle décide au début des années 70 d’aller s’installer à la campagne et d’y créer une ferme apicole. Mais son mari la quitte. Elle reste donc seule dans sa maison des monts Ozark dans le Missouri. Elle y vit douze ans, avant d’écrire ce récit qui couvre cinq saisons.

« Le monde semblait avoir poursuivi paisiblement sa course sans même que je m’en aperçoive. Envahie d’un sentiment de gratitude, je découvris qu’une partie de moi-même, disparue je ne sais où pour se laisser consumer par son chagrin et sa douleur, était revenue. J’étais remise sur les rails.
Une fois d’aplomb, je m’attaquai à toutes les tâches que l’on entreprend lorsqu’on revient de voyage. Je rangeai le bureau et répondis aux messages que d’autres avaient laissés. J’avais été longtemps absente et il y avait donc toute une pile à liquider avant de me mettre à construire l’après-midi de ma vie, à élaborer un ordre d’une autre espèce, une structure permettant à une femme de cinquante ans de vivre sa vie seule, en paix avec elle-même et avec le monde environnant. »

a-country-yearLe père de Sue Hubbell était botaniste. Quand elle était enfant, il l’emmenait régulièrement en promenade dans la forêt et lui parlait des plantes qu’il désignait par leurs noms latins. Devenue adulte, elle a conservé cette habitude, ce sens de l’observation, l’attention portée à son environnement et le souci d’identifier les espèces. Ce sont les espèces animales qui l’intéressent le plus. Ce qui est notable, c’est qu’elle se positionne elle-même comme appartenant à une espèce parmi d’autres. Elle partage son terrain avec des bruants indigo et des grenouilles grises, avec conscience de n’être pas plus propriétaire des lieux que les autres animaux.

Elle vit aussi en bonne intelligence avec des bestioles réputées moins sympathiques : des serpents, des araignées, des cafards… Elle subit des attaques de coyotes contre son poulailler et des attaques d’opossums contre ses ruches. Pourtant elle ne souhaite jamais la mort des animaux, même nuisibles. S’ils s’introduisent chez elle, elle les remet simplement dans la nature. Mais bizarrement, elle n’est pas végétarienne. Peut-être qu’elle le serait aujourd’hui. A moins que son omnivorisme soit une manière pour elle d’accepter l’ordre naturel.

« Ces Ozarkiens ne s’interrogent pas sur la chance qu’ils ont d’être tout en haut de la chaîne de nourriture, mais tuent pour se nourrir ce qui nage dans la rivière ou ce qui court dans les bois, et ils acceptent comme une évidence qu’il faut sacrifier la vie pour la maintenir. A cet égard, ils sont plus logiques que moi ; j’achète ma viande aseptisée sous emballage à l’épicerie. »

Avec 3 000 ruches, elle réussit à vivre de son activité, même si elle avoue être toujours en deçà du seuil de pauvreté. Elle vit seule, mais pas dans l’isolement. Elle fréquente ses voisins, voit toujours ses amis d’avant, rencontre des apiculteurs, reçoit son fils ou son frère, obtient l’aide de son neveu…

Ruches

Refermant ce livre que je n’ai pu lâcher comme s’il s’agissait du plus prenant des thrillers, je suis en admiration devant Sue Hubbell, sa vie et son oeuvre. J’admire sa modestie et la simplicité avec laquelle elle décrit le monde qui l’entoure. Du passage des saisons à toutes ces rencontres avec les animaux qui partagent son terrain se dégage une poésie rare. Ce livre est une pure merveille.

« C’est pourquoi j’ai cessé de dormir à l’intérieur. Une maison est trop petite, trop limitée. Je veux le monde entier, et aussi les étoiles. »

HUBBELL Sue. Une année à la campagne. Vivre les questions, traduit de l’anglais par Janine Hérisson, préface de J. M. G. Le Clézio, Folio, 2019, 259 p. (A Country Year. Living the Questions, 1983).
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Listes à lire

Rentrée littéraire : ma sélection mise à jour

Le 7 août, j’avais tenu à publier ma sélection de romans de la rentrée littéraire à venir,  très tôt donc avant de me laisser influencer par la presse, les blogs, etc. C’est maintenant avec plaisir que je fais passer ma sélection de 8 à 16 titres, dont 4 premiers romans : 8 romans français, 6 romans américains et 2 anglais.

Littérature française : je n’avais sélectionné que 2 premiers romans.

LaPetiteConformisteSEYMAN Ingrid. La petite conformiste, P. Rey, 192 p., 22 août 2019 (premier roman).
Présentation de l’éditeur : « Esther est une enfant de droite née par hasard dans une famille de gauche, au mitan des années 70. Chez elle, tout le monde vit nu. Et tout le monde – sauf elle – est excentrique. Sa mère est une secrétaire anticapitaliste qui ne jure que par Mai 68. Son père, juif pied-noir, conjure son angoisse d’un prochain holocauste en rédigeant des listes de tâches à accomplir. Dans la famille d’Esther, il y a également un frère hyperactif et des grands-parents qui soignent leur nostalgie de l’Algérie en jouant à la roulette avec les pois chiches du couscous. Mais aussi une violence diffuse, instaurée par le père, dont les inquiétantes manies empoisonnent la vie de famille. L’existence de la petite fille va basculer lorsque ses géniteurs, pétris de contradictions, décident de la scolariser chez l’ennemi : une école catholique, située dans le quartier le plus bourgeois de Marseille. La petite conformiste est un roman haletant, où la langue fait office de mitraillette. Il interroge notre rapport à la normalité et règle définitivement son sort aux amours qui font mal. C’est à la fois drôle et grave. Absurde et bouleversant. »

ProtocoleGouvernanteLAVENANT Guillaume. Protocole gouvernante, Rivages, 176 p., août 2019 (premier roman).
Présentation de l’éditeur : « Une jeune femme sonne à la porte d’une maison dans une banlieue pavillonnaire coquette et tranquille. Le couple aisé qui l’accueille lui donne quelques recommandations concernant leur fille Elena, dont elle aura la charge. La gouvernante sourit, pose les mains bien à plat sur ses genoux, module sa voix, les met à l’aise… En suivant à la lettre le protocole imaginé par l’étrange Lewis, elle saura se rendre indispensable. Elle deviendra la confidente et l’objet de tous les désirs enfouis par cette famille en apparence idéale. Mais cette gouvernante n’est pas seule. Ils sont nombreux comme elle à s’être infiltrés à divers endroits de la société. Les motos vont rugir. Une action d’envergure se prépare et, dans l’ombre, tous y concourent. Alors que le vernis craque et que l’emprise de la jeune femme grandit, la tension se fait de plus en plus palpable. Jusqu’au grand jour. Guillaume Lavenant est auteur dramatique et metteur en scène. Protocole gouvernante est son premier roman. »

J’ajoute 6 romans français :

LeGhettoInterieurAMIGORENA Santiago H. Le ghetto intérieur, POL, 192 p., août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.
Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence. »

ProprietePriveeDECK Julia. Propriété privée, Minuit, 176 p., 2019.
Présentation de l’éditeur : « Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en matériaux durables. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Notre choix s’est porté sur une petite commune en plein essor. Nous étions sûrs de réaliser un bon investissement.
Plusieurs mois avant de déménager, nous avons mesuré nos meubles, découpé des bouts de papier pour les représenter à l’échelle. Sur la table de la cuisine, nous déroulions les plans des architectes, et nous jouions à déplacer la bibliothèque, le canapé, à la recherche des emplacements les plus astucieux. Nous étions impatients de vivre enfin chez nous.
Et peut-être aurions-nous réalisé notre rêve si, une semaine après notre installation, les Lecoq n’avaient emménagé de l’autre côté du mur. »

FeelGoodGUNZIG Thomas. Feel good, Au diable Vauvert, 400 p., août 2019.
Présentation de l’éditeur : « « Ce qu’on va faire, c’est un braquage. Mais un braquage sans violence, sans arme, sans otage et sans victime. Un braquage tellement adroit que personne ne se rendra compte qu’il y a eu un braquage et si personne ne se rend compte qu’il y a eu un braquage, c’est parce qu’on ne va rien voler. On ne va rien voler, mais on aura quand même pris quelque chose qui ne nous appartenait pas, quelque chose qui va changer notre vie une bonne fois pour toutes. »
Quel est le rapport entre un écrivain sans gloire, le rapt d’enfant et l’économie de la chaussure ?
Vous le saurez en lisant la nouvelle satire sociale de Thomas Gunzig. »

CoraDansLaSpiraleMESSAGE Vincent. Cora dans la spirale, Seuil, 464 p.
Présentation de l’éditeur : « Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d’assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d’avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l’avenir. C’est sans compter qu’en 2010, la crise dont les médias s’inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l’entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d’optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu’elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves.
À travers le portrait d’une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté. »

LeNomSecretDesChosesRINKEL Blandine. Le nom secret des choses, Fayard, 304 p., 21 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Et si ce que Paris a de plus désirable pour une jeune fille de province, sa culture, était en même temps l’outil de la violence sociale la plus dure  ? Et jusqu’où cette jeune fille sera-t-elle prête à aller pour se faire accepter dans cette ville où elle n’est pas sûre d’avoir sa place  ?
Tu avais l’âge de quitter ton enfance, l’âge où on se sent libre et où, dans le train pour Paris, on s’assoit dans le sens de la marche.
Dès ton arrivée, tu t’es sentie obligée de devenir quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’oserait plus dire « je ne sais pas ». C’était la ville qui t’imposait ça, dans ce qu’elle avait à tes yeux de violent et de désirable : sa culture.
Puis tu as rencontré Elsa.
Elle avait le goût des métamorphoses.
Blandine Rinkel a fait une entrée en littérature très remarquée avec L’abandon des prétentions, paru chez Fayard en 2017. Le nom secret des choses est son deuxième roman. »

ParLesRoutesPRUDHOMME Sylvain. Par les routes, Gallimard (L’Arbalète/Gallimard), 304 p., 22 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « «J’ai retrouvé l’autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l’ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m’avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J’ai frappé à sa porte. J’ai rencontré Marie.»
Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l’amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles. »

Littérature étrangère : je n’avais sélectionné que 4 américains et 2 anglais.

MonAnneeDeReposEtDeDetenteMOSHFEGH Ottessa. Mon année de repos et de détente, traduit de l’anglais (États-Unis), Fayard, 304 p., 21 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Jeune, belle, riche, fraîchement diplômée de l’université de Columbia, l’héroïne du nouveau roman d’Ottessa Moshfegh décide de tout plaquer pour entamer une longue hibernation en s’assommant de somnifères. Les tribulations assoupies de cette Oblomov de la génération Y forment un récit hilarant  qui est aussi une charge au vitriol contre les travers de notre époque. »

LesAltruistesRIDKER Andrew, Les Altruistes, traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Deparis, Rivages, 432 p., août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Andrew Ridker, 25 ans, est la nouvelle sensation du roman américain. Vendu dans 20 pays en à peine deux semaines, LES ALTRUISTES combine le génie d’un Franzen pour les portraits de famille et l’esprit satirique des premiers livres de Philip Roth. Mais si Ridker se place dans les pas de ses pères littéraires (on pense aussi à Updike, Salinger et d’autres…), il le fait avec un sens de l’humour et du rythme totalement inédits. Les irrésistibles membres de la famille Alter deviennent les antihéros d’une époque tiraillée entre deux aspirations contradictoires : l’individualisme triomphant et l’empathie nécessaire. De ce combat entre les cyniques et les candides, Ridker a fait un roman aussi drôle qu’attachant. Une révélation qui a suscité l’engouement de 9 éditeurs français. Bataille remportée par Rivages. «

LAmiNUNEZ Sigrid. L’Ami, traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Bach, Stock (La cosmopolite), 288 p., 21 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « « – Je vais te dire pourquoi j’ai tenu à te parler.
À ces mots, pour une raison mystérieuse, mon coeur se met à battre dans ma poitrine.
– C’est au sujet du chien.
– Du chien ?
– Oui, je voulais savoir si tu serais d’accord pour le prendre. »
Quand l’Épouse Numéro Trois de son meilleur ami récemment décédé lui fait cette demande, la narratrice a toutes les raisons de refuser. Elle préfère les chats, son appartement new-yorkais est minuscule et surtout, son bail le lui interdit. Pourtant, elle accepte. La cohabitation avec Apollon, grand danois vieillissant de la taille d’un poney, et cette écrivaine, professeure à l’université, s’annonce riche en surprises. Magnifique exploration de l’amitié, du deuil, de la littérature et du lien qui nous unit aux animaux, L’Ami est un texte unique en son genre. »

UnMariageAmericainJONES Tayani. Un mariage américain, traduit de l’anglais (États-Unis) par Karine Lalechère, Plon (Feux croisés), 29 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Celestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l’aube d’une carrière artistique prometteuse, il s’apprête à lancer son business. Ils sont jeunes, beaux et incarnent le rêve américain… à ceci près qu’ils sont noirs, dans un État sudiste qui fait peu de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Celestial sait qu’il est innocent, mais la justice s’empresse de le condamner. Les années passent, et la jeune femme tient son rôle d’épouse modèle jusqu’au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d’Andre, son ami d’enfance. À sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu’on lui a dérobée… Avec ce portrait de la classe moyenne noire du sud des États-Unis, Tayari Jones radiographie le couple et signe une histoire d’amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre-Atlantique s’attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d’un grand roman. »

OrdinaryPeopleEVANS Diana. Ordinary people, traduit de l’anglais par Karine Guerre, Éditions Globe, 384 p., 11 septembre 2019.
Présentation de l’éditeur : « Voilà treize ans qu’ils sont ensemble. Pourquoi le pronom « je » a-t-il disparu, corps et âme, de la langue de leurs couples ? Quand les bras grands ouverts de la maternité se sont-ils refermés comme les dents d’un piège ? Pourquoi le pronom « je » a-t-il disparu, corps et âme, de la langue de leurs couples ? À Londres, dans une ville amoureusement parcourue et habitée, de l’élection de Barak Obama à la mort de Michael Jackson, deux couples se débattent avec leur histoire, le travail, la quarantaine, les illusions perdues, et leur statut d’émigrés de la deuxième génération devenus parents à leur tour. Ils ont cru à l’intégration, voilà qu’ils se désintègrent. Là-haut, sur sa colline de la rive Sud, le phare du Crystal Palace les veille. La vie doit-elle, comme lui, accepter de voir ses facettes et ses façades tomber en mille morceaux pour être rebâtie ailleurs, en trois fois plus grand ? Avec brio, avec verve, avec un scalpel trempé dans un élixir de poésie, Diana Evans répond. »

LaFractureALLAN Nina. La Fracture, traduit de l’anglais par Bernard Sigaud, Tristram, 14 août 2019.
Présentation de l’éditeur : « Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans. Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, faute d’indices concrets — Raymond Rouane, persuadé que sa fille est toujours vivante, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa sœur cadette, Selena, tentent elles aussi de faire front, chacune à leur manière. Puis un soir, Julie refait surface à l’improviste. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée — un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes —, l’histoire que Julie raconte à Selena est tout à fait différente. Mais est-il possible de la croire ? »

J’ajoute 2 premiers romans américains.

LInciviliteDesFantomesSOLOMON Rivers. L’incivilité des fantômes, traduit de l’anglais par Francis Guévremont, Aux forges de Vulcain, 400 p., 6 septembre 2019 (premier roman).
Présentation de l’éditeur : « Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes. »

CeQueLOnSemePORTER Regina. Ce que l’on sème, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski, Gallimard, 22 août 2019 (premier roman).
Présentation de l’éditeur : « Alors que l’Amérique panse encore la plaie ouverte de la Seconde guerre mondiale, la destinée de deux familles se met en marche. James Vincent, d’ascendance irlandaise, fuit un foyer familial chaotique pour faire des études de droit à New York où il deviendra un brillant avocat. De son côté, Agnes Miller, une jeune femme noire à l’avenir prometteur, voit son rendez-vous amoureux tourner au cauchemar lorsque la police arrête sa voiture sur une route déserte en lisière d’un bois de l’État de Géorgie. Les conséquences de cette nuit funeste influeront inexorablement sur sa vie et celles de ses descendantes. Éclairant plus de six décennies de changements radicaux – de la lutte pour les droits civiques aux premières années de la présidence d’Obama, en passant par le chaos de la guerre du Vietnam – les familles de James et Agnes demeureront inextricablement liées. Au fil de cette spectaculaire fresque familiale et amoureuse, ce roman donne à voir les coulisses méconnues de l’histoire d’une nation. Avec une justesse, un humour et une maîtrise rares, Regina Porter creuse les traumatismes des États-Unis sur plusieurs générations et expose avec grande intelligence les mouvements profonds d’une société sur plus d’un demi-siècle. »

Challenge 1% Rentrée littéraire

Challenge 1% Rentrée littéraire 2019

Ce week-end je n’ai rien lu, mais je me suis encore inscrite à un challenge.

Challenge1%

Cette fois j’ai succombé au Challenge 1% Rentrée littéraire 2019 de Herisson. Il s’agit de lire 1% des romans paraissant à la rentrée, entre fin août et octobre. Comme il en paraît cette année 524 (et qu’il faut lire les livres en entier 🙂 ), 1% représente 6 livres. C’est jouable, car nous avons jusqu’au 31 janvier 2020 pour lire nos 6 livres. Personnellement je pense même m’arrêter fin décembre, car ensuite la rentrée de janvier chasse celle de septembre et les livres de la dernière rentrée retombe dans le pot commun de la grande bibliothèque mondiale, s’ils ne finissent pas au pilon.

Le 7 août, j’avais déjà publié une sélection de 8 livres de la rentrée qui m’attiraient. Mais depuis j’ai parcouru la presse et ma liste a doublé (grâce aux Inrocks en particulier). Et comme une partie de ma sélection est américaine, je devrais pouvoir l’intégrer au Mois américain qui commence. Bref, j’y crois. Rendez-vous fin décembre pour voir si j’ai tenu parole…

Mois américain

Le Mois américain

LeMoisAmericain

Le Mois américain organisé par Titine commence demain. Titine nous a concocté un programme, qu’on est libre de suivre ou pas :

  • 1er septembre : dystopie, roman d’anticipation
  • 3 septembre : Nature, environnement
  • 6 septembre : document/récit
  • 8 septembre: album ou roman jeunesse
  • 10 septembre : l’adolescence
  • 13 septembre : polar/roman noir
  • 15 septembre : super-héros (comics, BD, films, etc…)
  • 17 septembre ; un roman ayant reçu le prix Pulitzer
  • 20 septembre : le Grand Ouest
  • 22 septembre : les minorités
  • 24 septembre : un 1er roman
  • 27 septembre : un roman ayant pour cadre une grande ville américaine
  • 29 septembre : un classique de la littérature américaine
  • 30 septembre : un roman féministe ou écrit par une femme

Pour la première fois depuis que je pratique les mois thématiques, j’ai pu prendre un peu d’avance…

Edit du 31 août : je ne me souvenais même pas avoir programmé ce billet (sans doute quand je me suis inscrite au Mois américain). Je m’avançais un peu en annonçant avoir pris de l’avance. En fait je n’ai que 2 lectures d’avance ! 🙂

Littérature du XXIe siècle·Littérature française

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Entre février et juillet 2010, Sylvain Tesson a vécu six mois dans une cabane en Sibérie. Pendant ce séjour, il a quotidiennement consigné ses pensées dans un cahier. C’est ce « journal d’ermitage » qu’il a publié l’année suivante sous le titre : Dans les forêts de Sibérie.

DansLesForetsDeSiberieUne expérience. Sylvain Tesson est parti vivre une expérience. Il s’est installé seul dans une cabane au bord du lac Baïkal. La durée du séjour a été préalablement fixée, les dates choisies de façon à arriver en hiver et repartir en été. C’est une expérience qui peut sembler vaine. Il est lui-même l’objet de son étude. Il s’observe plus encore qu’il n’observe son environnement, scrute son rapport au temps et à la solitude.

« Une fuite, la vie dans les bois ? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l’habitude donnent à l’élan vital. Un jeu ? Assurément ! Comment appeler autrement un séjour de réclusion volontaire sur un rivage forestier avec une caisse de livres et des raquettes à neige ? Une quête ? Trop grand mot. Une expérience ? Au sens scientifique, oui. La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s’inventer une vie ralentie. »

Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas un voyage improvisé. Il a minutieusement organisé sa survie, emportant des vêtements chauds pour affronter l’hiver sibérien, des armes et des outils, des victuailles, beaucoup de vodka, des cigares, des livres… et même des panneaux solaires, un téléphone satellite, un ordinateur, un GPS… Il y a un petit côté too much dans ce déploiement de technologies pour le moins contradictoire avec le choix de la vie d’ermite en cabane. Mais dresser la liste des choses à emporter permet tout de même de faire le point sur ce qui est important pour soi. Pour Sylvain Tesson, les livres et la vodka constituent l’essentiel.

« C’est drôle, on se décide à vivre en cabane, on s’imagine fumant le cigare devant le ciel, perdu dans ses méditations et l’on se retrouve à cocher des listes de vivres dans un cahier d’intendance. La vie, cette affaire d’épicerie. »

Dans-les-forets-de-SiberieJ’ai abordé cette lecture un brin sceptique, mais j’ai sympathisé avec Sylvain Tesson au fur et à mesure de ma lecture. J’ai découvert quelqu’un sans illusions, sans surtout cette prétendue illusion d’éternité qui nous amènerait à laisser filer la vie entre nos doigts. Lui s’interroge, interroge nos modes de vie et notre conception du bonheur.

« Je rêve d’une petite maison de banlieue avec chien, femme et enfants protégés par une haie de sapins. Dans toute leur étroitesse, les bourgeois ont tout de même compris cette chose essentielle : il faut se donner la possibilité d’un bonheur minimum. »

Je n’avais encore jamais lu Sylvain Tesson. J’imaginais qu’il était à la littérature ce que le chanteur Antoine a pu être à la chanson, c’est-à-dire une sorte de voyageur ou d’aventurier pour qui la littérature arriverait en second, comme le moyen de financer cette vie un peu marginale. Mais je referme Dans les forêts de Sibérie persuadée d’avoir lu un véritable écrivain, voyageur ou pas. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Le nombre de post-it dont j’ai orné mon exemplaire. C’est la preuve imparable. Maintenant je sais que je vais en lire d’autres. Peu importe le sujet, car j’y trouverai certainement au moins une phrase, une pensée ou un trait d’humour qui sera à mon goût.

« Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. »

TESSON Sylvain. Dans les forêts de Sibérie, Folio, 2014, 289 p. (Gallimard, 2011).
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